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 Numéro 50, Mai 2003 
Face aux technologies, une fédération pas branchée! Version Imprimable  Version imprimable


 (L'APOP)

À la suite du dépôt du plan de développement du réseau collégial public, document intitulé Le cégep, une force d’avenir pour le Québec1, l’APOP tient à exprimer son avis sur les axes de développement et les pistes d’action qui y sont proposés.


L'APOP constate d’abord, à la lecture du document, que les technologies éducatives constituent une priorité pour les personnes préoccupées par l’avenir de l’enseignement au collégial. En effet, le rapport souligne l’importance des technologies de l’information et des communications en éducation (TICE) comme moyen d’apprentissage à cet ordre d’enseignement. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Notre réaction ici se limitera d’ailleurs au chapitre du rapport consacré à ces technologies. Nous laissons à d’autres groupes le soin de critiquer les parties qui les concernent.

D’emblée, nous souscrivons pleinement à l’idée qu’il est de première importance d’octroyer des ressources pour de l’équipement, de la formation, de l’aide technique et du soutien professionnel en matière de TICE au collégial. Cependant, nous déplorons fortement que le besoin de développer du contenu éducatif multimédia dans ce contexte soit si faiblement mentionné. Nous sommes aussi en désaccord avec le fait que le rapport ne donne aucune justification pédagogique de l’intégration des TICE comme outil de développement des compétences des élèves et comme apport à la réussite.

Le document met en évidence les besoins matériels des collèges selon une certaine vision de l’enseignement. On y suggère deux axes de développement et diverses pistes d’action, mais nous estimons que celles-ci ne constituent pas les moyens les plus adaptés appropriés pour soutenir l’intégration des technologies dans les collèges.

Premier axe : le rapport insiste fortement sur les besoins en équipement et en renouvellement de ce matériel. Certes, c’est là une préoccupation budgétaire constante et réelle; nous savons bien que les nouveaux programmes, construits autour des compétences, exigent une utilisation plus grande d’instruments technologiques. Il est tentant de vouloir répondre à ces besoins par la seule augmentation du parc informatique dans les collèges. Une telle approche ne tient cependant pas compte des changements technologiques des dernières années. Dans certains établissements, en effet, on observe la tendance à un certain plafonnement, voire à une baisse de l’usage des laboratoires informatiques. Le contexte social a aussi grandement changé. Il y a à peine quelques années, tous les étudiants rêvaient d’utiliser des ordinateurs performants et d’être reliés à Internet, ce qui poussait les collèges à leur offrir ce service compte tenu de l’accessibilité alors restreinte à ces outils, hors de la classe. Aujourd’hui, la plupart des étudiants du collégial ont accès un ordinateur à leur domicile et la majorité sont reliés à Internet. Cependant, que les demandes rattachées au plan soient orientées autour du maintien du parc informatique actuel nous apparaît fort discutable. Il faut, croyons-nous, encourager les étudiants et les enseignants à acheter eux-mêmes l’équipement, et concentrer les investissements dans le réseau sur le développement de matériel didactique.

Deuxième axe : le rapport met l’accent sur le lien entre la synergie du réseau et la diversification des accès à l’enseignement collégial. Nous avons ici de sérieuses réserves. En effet, sans nier sa pertinence pour des clientèles spécifiques (formation continue, élite sportive, etc.), nous croyons que la formation en ligne à temps plein pour les étudiants du collégial est une chimère. La majorité des jeunes de nos collèges n’en veulent pas. Ils souhaitent plutôt à cet âge avoir des échanges sociaux avec leurs pairs et leurs enseignants. De plus, le Cégep@distance est bien outillé pour dispenser ce type de formation, et permettre à tous les collèges d’offrir le même service serait un gaspillage d’argent et d’énergie. Tout en reconnaissant que des établissements en région puissent tirer un réel avantage de ces instruments, il nous semble inutile que tous les collèges aient des salles de vidéoconférence et offrent des cours en ligne. D’ailleurs, on trouve déjà de telles salles dans quelques collèges… et sont-elles vraiment exploitées?

Nous ne disons pas qu’il ne faille pas offrir de matériel en ligne aux enseignants. Un tel contenu peut être un support extraordinaire aux activités d’apprentissage. Nous disons que l’offre de cours en ligne, avec la mise en place de la structure de support qu’elle suppose (notamment les tuteurs), constitue en fait une hérésie et démontre une méconnaissance flagrante des besoins. Ce qui importe de façon urgente actuellement, c’est de nourrir tous ces beaux réseaux informatiques que nous avons construits et que nous jugeons tellement nécessaires, de les nourrir en contenus, en banques de données intelligentes et en matériel didactique plus ou moins structuré selon les demandes des enseignants. C’est par la richesse des contenus offerts que le réseau collégial se développera, s’internationalisera et évoluera.

Ajoutons qu’il est encore plus loufoque de chercher à justifier ces investissements prévus au plan par la nécessité de compétitionner avec d’autres établis-sements sur le plan mondial. Le réseau universitaire, lui, a raison de se positionner à cet égard, étant exposé à des « égaux ». Mais notre réseau collégial est unique au monde. De plus, même en formulant certaines correspondances avec des ordres d'enseignement d’autres provinces ou pays, on constate l’étanchéité des formations. Imaginez : on a déjà de la difficulté à faire passer un élève d’un collège à un autre, pour un même programme, avec l’approche par compétences, et on nous dit que le réseau devrait s’outiller pour faire face à la concurrence d’offre de cours étrangers! Décidément, on ne vit pas sur la même planète. Le rôle de la technologie éducative doit être de soutenir l’acte pédagogique entre les élèves et les enseignants. Ce n’est pas le nombre d’ordinateurs et de salles de vidéoconférence qui favorise l’utilisation des TICE comme moyen d’apprentissage, ce sont l’accès à du contenu et à du soutien technique à l’enseignement, de même que la formation qui sont les moyens les plus prometteurs. Malheureusement, ce sont les moins mis en évidence dans le plan de développement.

Compte tenu des ressources, tant humaines que matérielles, qui doivent être investies, nous concluons en affirmant l’urgence pour le réseau collégial de se doter d’un plan d’action en vue de favoriser l’intégration des TICE aux activités d’enseignement et d’apprentissage.


1. Le cégep une force d’avenir pour le Québec, plan de développement du réseau collégial public, Fédération des cégeps, Montréal, 2003, 115 pages

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