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 Numéro 50, Mai 2003 
Autour des TIC en enseignement... une autre querelle des Anciens et des Modernes ? Version Imprimable  Version imprimable


Marcel Fortin, Enseignant à la retraite

Comme bien des lecteurs et lectrices du Clic, j’ai lu et apprécié l’article de Réjean Jobin dans lequel il posait LA QUESTION : Faisons-nous fausse route avec les services informatiques dans nos collèges?

Permettez à un retraité de l’enseignement et ex-propagandiste des TIC en enseignement de prendre la parole et de vous proposer quelques pistes de réflexion.

La question de Jobin, il fallait la poser depuis longtemps! Car si ce qu’il dit de l’état actuel des services informatiques est vrai, moi, je peux vous assurer que c’était déjà comme ça, mais en pire, voici déjà huit ans! L’analyse de Réjean Jobin m’a causé tout un choc… de désespérance! Après tant d’années, en sommes-nous encore à disperser nos efforts dans ce domaine au point de cultiver systématiquement les mésententes, les oppositions, les frustrations?

Je vous l’avoue, je ne nous trouve pas très intelligents. Pas très intelligents d’oublier qu’il nous faut coûte que coûte harmoniser nos activités admnistratives et nos activités pédagogiques. Pour moi, le divorce entretenu trop souvent entre elles, par « trip de pouvoir » essentiellement, nous tue tous lentement, nous paralyse. Ces activités doivent cohabiter, elles ne peuvent exister les unes sans les autres quand il s’agit d’améliorer l’enseignement. Les personnes qui ne voient que l’axe administratif de l’enseignement vont au plus facile... Oui, je sais, c’est sûrement par là qu’il faut toujours commencer, mais il reste qu’il faut en sortir… Les vues administratives organisationnelles ne doivent ni exclure ni étrangler d’aucune manière les activités de l’enseignement créatif. Si, après tant d’années d’essais et d’erreurs, on ne comprend pas encore qu’il faut inventer une administration informatique ouverte sur tous les besoins d’enseignement, alors on fait fausse route, on se tire dans le pied. Car si la classe va mal, alors l’administration devient un poison.

Je viens de lire et relire un rapport sur la technologie et le succès des étudiants en enseignement supérieur, publié en 2002 par McGraw-Hill Ryerson1. J’y vois clairement distingués les axes administration et pédagogie dans le rôle des TIC en enseignement. L’étude montre que si l’on connaît des progrès clairs dans l’utilisation pratique des TIC quand il s’agit de compiler des notes, de bâtir des horaires de cours ou des banques de questions..., on ne doit pas négliger de rechercher des moyens qui aient une influence plus directe et positive sur le succès de l’étudiant : se servir des TIC pour susciter, favoriser les interactions maître-étudiant, pour alimenter les discussions, les études de cas, les démonstrations et les simulations, etc. Il faut inventer une administration organisationnelle des services informatiques qui facilite leur intégration aux actes d’enseignement et d’apprentissage. Même si la technologie est de plus en plus utilisée dans beaucoup de secteurs de l’éducation, nos chicanes de réseaux nous montrent justement que ce que nous faisons en TIC est encore actuellement plus administratif que pédagogique. Hélas. Comment pouvons-nous concevoir une administration ouverte sur le pédagogique en TIC? De bien des façons. Chacun peut sûrement apporter sa réponse, mais on ne doit jamais oublier que la pédagogie est une forme fine et supérieure d’administration de l’apprentissage des connaissances (gérer efficacement l’apprenance). Vous voulez des questions précises pour examiner dans quelle mesure vos services informatiques sont pédagogiques? Vraiment? Alors, choisissez un numéro du Clic2 au hasard et prenez le temps de lire les chroniques proposées par des créateurs de logiciels d’enseignement, en vous demandant si, oui ou non, ces auteurs ne rêvent pas en couleur. Oublient-ils les contraintes terribles de réseautage, d’utilisation en classe? De quelles façons analyse-t-on chez vous leurs besoins en informatique? Avec hostilité, compréhension, assistance généreuse? Vous voyez bien que, vous aussi, vous avez des idées à formuler quant à ce ce qui est en passe de devenir progressivement une tragédie pédagogique... celle de voir tarir les efforts de tous ces pédagogues qui cherchent à donner une nouvelle vie à l’enseignement par la magie3 (non une panacée!) des TIC.

Au fil des années, ce qui m’étonne le plus et m’encourage malgré tout à espérer, c’est de voir qu’il y a encore et toujours des chercheurs qui veulent créer de nouveaux outils d’apprentissage. Le réseau collégial en est rempli! Mais, le danger en la demeure, c’est de ne pas voir qu’on peut trop facilement et impunément

1. Technology and Student Success in Higher Education, A Research Study on Faculty Perceptions of Technology and Student Success, 3rd Edition, MacGraw-Hill Ryerson Limited, 2002, ISBN : 0-07-091717-5, 24 pages. Ce document est disponible au Centre de documentation collégiale (CDC).

2. Lire, par exemple, l’article de Nicole Perreault dans Clic 48, p. 19. Vous pourriez tout aussi bien examiner les logiciels Feu vert, Quand le texte file doux, Que la phrase se rhabille, etc., et mesurer leur utilité avec les services informatiques de votre collège... Un beau défi pédagogique! Tandis que la question vous intéresse, vérifiez donc par vous-même jusqu'à quel point vous pourriez, avec le réseau de votre collège, utiliser telle ou telle ressource dans Internet pour enrichir ou donner des cours... Enfin, rappelez-vous que des expériences sont en train de se dérouler en réseautage, lesquelles pourraient faire sauter carrément le cadenas de la vieille technologie de nos services actuels. Il faudra surveiller aussi les expériences menées dans le Maine et au Protestant School Board de Lennoxville…

3. « By making training resources available in a modular format online, technology can address both problems by allowing faculty to target specific areas of need at the point of need, and at a time and in a location convenient for the user. », Rapport McGraw-Hill Ryerson 2002, p. 23.

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