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 Numéro 52, Janvier 2004 
Hors normes, la formation? Version Imprimable  Version imprimable


Yves Otis, SOFAD
Pierre-Julien Guay, Vitrine APO


Dans la documentation récente relative aux plates-formes de formation en ligne, on mentionne de plus en plus fréquemment l'adhésion ou la conformité à des organismes de normalisation aux acronymes souvent obscurs : AICC, SCORM, IEEE, IMS. À leur façon, ces mentions confirment les premières percées des travaux de normalisation en matière de formation en ligne.

Quiconque entreprend d'en savoir davantage sur l'évolution de ces normes est immédiatement saisi — ou étourdi — par la vitalité, le nombre et le dynamisme des chantiers. Pris collectivement, ces travaux tentent de couvrir l'ensemble des dimensions de l'organisation et de la prestation de la formation en ligne : ils traitent, entre autres aspects, des normes de catalogage, de structuration et d'échange des ressources éducatives et des données des apprenants, de la description formelle des compétences et des évaluations, de la conception pédagogique. Ce mouvement se distingue aussi par la variété des acteurs qui travaillent à l'élaboration des normes : chercheurs universitaires, groupes de travail « ad hoc », consortiums privés, publics ou mixtes, concertations nationales et internationales, grandes agences nationales et internationales de normalisation, etc.

En quoi consistent ces normes et quels problèmes cherchent-elles à résoudre? Quels sont les enjeux et les bénéfices de l'adoption de ces normes relativement au développement des contenus et de la formation en ligne, et pour les étudiants, les enseignants, les administrateurs? Et surtout, dans le contexte qui nous intéresse ici, pourquoi l'adhésion ou la conformité à ces normes importent-elles dans le choix d'une plate-forme?


Pourquoi des normes pour la formation en ligne?

Parler de normalisation en matière de formation en ligne suscite spontanément des appréhensions chez les praticiens du milieu de l'éducation. En effet, on considère trop souvent que la standardisation mène inéluctablement à une te de flexibilité et qu'elle représente un fardeau supplémentaire dans l'élaboration des contenus de formation. De plus, dira-t-on, comment réussir à standardiser quelque chose d'aussi subjectif et complexe que la formation?

Les normes visent d'abord et avant tout à remédier aux problèmes posés par la variété des formats concurrents ou incompatibles. Pourrions-nous imaginer un instant ce que serait notre vie si le format des prises électriques variait selon le type (le fabricant) d'appareils ménagers, voire selon les types de résidences? Dans un tel cas, la diversité des formats entraînerait des coûts supplémentaires pour les fabricants d'appareils ménagers, coûts qui seraient transférés directement aux acheteurs. Or, en évitant de caricaturer, on pourrait dire qu'une situation semblable existe dans le monde de la formation en ligne : le contenu qui est placé à grands frais sur les plates-formes de gestion des apprentissages est trop souvent intégré — moulé — dans des structures et des formats propres à chacun de ces environnements. Dès lors, il est difficile et coûteux de faire migrer le matériel de formation d'une plate-forme à une autre ou d'intégrer des contenus qui n'ont pas été créés sur la même plate-forme.

La volonté initiale derrière le mouvement de normalisation de la formation en ligne est justement de permettre et de faciliter le transfert — on parlera d'interopérabilité des contenus de formation entre les systèmes de gestion des apprentissages, c'est-à-dire de rendre possibles l'utilisation et la réutilisation des contenus entre plates-formes, en faisant disparaître les contraintes de conversion. Pour reprendre l'analogie de la prise électrique, il s'agit pour les groupes intéressés par la question de convenir d'un format de prise et de l'utiliser aussi bien dans la construction des résidences (plate-forme) que dans la conception des appareils (contenus de formation).

À terme, les équipes qui travaillent à la normalisation de la formation en ligne font le pari de décloisonner et d'enrichir l'espace de la formation en facilitant la mobilité et l'échange des contenus. Bien entendu, on est encore loin de la coupe aux lèvres, mais l'interopérabilité demeure encore l'objectif ultime qui guide les efforts du mouvement d'élaboration des normes.


Deux piliers de la normalisation : objets d'apprentissage et XML

La normalisation de la formation en ligne repose sur deux piliers : le concept de ressource d'enseignement et d'apprentissage (REA, ou Learning Object) — également nommé objet d'apprentissage réutilisable (Re-usable Learning Object, RLO), objet pédagogique ou objet de connaissance — et le langage de balisage XML élaboré par le W3C. Le premier a donné les bases d'une modélisation de l'environnement de formation en ligne. Le second a fourni aux parties engagées dans la normalisation un langage commun, flexible et puissant pour décrire les diverses composantes du modèle et en faciliter l'application.

Le concept de ressource d'enseignement et d'apprentissage (REA) émerge progressivement pendant les années 1990. Pour faire image, il est d'usage de comparer les REA aux pièces d'un jeu de LEGO : en dépit de leurs formes différentes, les petits morceaux s'emboîtent parfaitement les uns avec les autres, grâce à un système standardisé d'ancrage, pour constituer des ensembles complexes et multiformes. En transposant ce modèle au contenu de formation, une ressource se présente comme une unité de contenu qui peut être produite, acquise, assemblée, modifiée et réutilisée, grâce à un ensemble de spécifications communes, afin de construire des unités d'apprentissage plus ou moins complexes comme un module, une leçon, une évaluation, un cours (notion d'agrégation). Ces assemblages peuvent constituer à leur tour des REA, reconfigurables et utilisables à d'autres fins que celles auxquelles ils ont été initialement prévus.

En dépit de l'apparente simplicité du concept, les débats sont nombreux et vifs lorsqu'il s'agit de fournir une définition opérationnelle des ressources d'enseignement et d'apprentissage. Dans son assertion la plus large, par exemple celle que propose l'IEEE, une REA consiste en « toute entité, numérique ou non, qui peut être utilisée, réutilisée ou référencée dans un contexte de formation assistée par la technologie ». En s'appuyant sur une telle définition, on en vient à soutenir que tout contenu peut être une REA, car pouvant servir dans un contexte de formation. Au bout du compte, cette définition ne permet pas d'éclairer la nature spécifique de ces ressources : par exemple, qu'est-ce qui fait d'une image une REA?

Des auteurs, que nous suivrons ici, ont proposé de préciser la définition de ressource en mettant l'accent sur la visée ou l'intention pédagogique et en limitant la portée du concept au monde numérique; ainsi, selon Mike Sosteric et Susan Hesemier (2002), une REA serait « … une entité numérique destinée à une utilisation à des fins pédagogiques, qui inclut, de façon interne ou externe, des indications sur le contexte approprié d'utilisation de cet objet » (TAO). Selon cette définition, une image per se ne constitue pas une REA. Il faut qu'elle soit accompagnée d'une description de son utilisation à des fins pédagogiques. Cette mise en contexte peut être obtenue par l'intégration de l’image dans un assemblage plus complexe, qu'il s'agisse d'une leçon ou d'un jeu-questionnaire, ou encore, par la présence d'un instrument qui suggère des scénarios d'utilisation de cette image à des fins pédagogiques (guide d'utilisation d'une banque d'images). En l'absence d'une telle mise en situation, l'image n'est qu'une ressource — un granule — qui peut éventuellement servir à la construction d'une REA.

Cette dernière définition de ressource d'enseignement et d'apprentissage est utile pour comprendre les orientations de travail du mouvement de normalisation. Ainsi, par exemple, l'un des premiers chantiers de normalisation visait à établir un format commun servant à la description des REA, à la fois en termes de structure (composantes de la REA) et de contexte d'utilisation (pédagogique et technique). En outre, les équipes se sont penchées sur la question du catalogage des ressources à l'aide de métadonnées, de la structure des agrégations, de leur séquence ou de leur ordre de présentation, des mécanismes de collecte et de stockage des données recueillies pendant l'utilisation de certaines REA (par exemple, les résultats d'un jeu-questionnaire), autant de domaines qui font l'objet de travaux de modélisation et de normalisation.

Pour favoriser une description flexible et évolutive des normes et faciliter l'échange de données, la plupart des chantiers de normalisation ont adopté le langage XML (Extensible Markup Language) développé par le W3C. Parce qu'il fournit une syntaxe ouverte plutôt qu'un ensemble de balises définies, comme le fait le HTML, le XML permet l'élaboration d'un ensemble de balises propres à des domaines d'application. En outre, il rend possible le développement de représentations formelles de modèles de données complexes et l'intégration de vocabulaires distincts (mécanique du namespace). Enfin, et surtout, la force du XML réside dans la possibilité d’échanges de données entre applications logicielles, ce qui en fait un outil de choix pour des travaux visant l'interopérabilité. Munis d'une syntaxe puissante et flexible et équipés d'un modèle, les groupes de travail se sont lancés dans le long processus de normalisation de la formation en ligne.


Le processus de normalisation

Le premier grand axe de développement des normes porte sur la description des REA. Au cœur de ce chantier, se trouve la norme de catalogage des REA à l'aide de métadonnées. On ne saurait trop insister sur l'importance de disposer d'un cadre de référence solide et souple pour cataloguer les REA de façon à en permettre la recherche et à garantir l'accessibilité de leurs composantes de base. D'autres chantiers connexes visent à préciser le vocabulaire commun (les descriptifs) utilisé dans l'élaboration du modèle d'une ressource d'enseignement et d'apprentissage.

Le second axe traite des questions de l'organisation, de la structuration des REA et des agrégations de ressources. Si une ressource peut être utilisée isolément, elle se trouvera surtout intégrée dans des ensembles complexes formant des cours, des modules, des leçons. Pour que les plates-formes de formation en ligne puissent prendre en charge ces assemblages, il importe qu'ils soient structurés dans un format standardisé qui donne à la fois la liste des différentes entités numériques nécessaires et la structure de présentation de ces éléments (table des matières, si l'on veut). Notons la présence de chantiers portant sur la description de certains types particuliers de REA, les jeux-questionnaires et les tests notamment.

Tous ces travaux mènent à l'adoption d'une norme ISO internationale, la SC36, portant sur les standards pour les technologies de l'information dans l'apprentissage, l'éducation et la formation, dont on peut suivre les travaux sur les sites http://jtc1sc36.org/ (en anglais) et http://www.ailf.net/SC36-fr/somsc36.htm (en français).

 

NORMETIC et les partenaires TIC du réseau collégial


Au Québec, le Groupe de travail sur les normes mis sur pied par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) accueille des intervenants de tous les ordres d’enseignement, dont la Vitrine APO et le Cégep@distance. Ce comité a supervisé le développement d'un profil d'application des normes pour le patrimoine éducatif québécois, profil qu’il a intitulé NORMETIC. Celui-ci comprend 20 descripteurs obligatoires pour chaque ressource. Près de 70 p. 100 de ces descripteurs sont déjà pris en considération dans le processus d'indexation d'une ressource : le titre, le titulaire des droits, l'auteur, la date d'indexation, etc. Déjà, on travaille à appliquer la norme dans le réseau des partenaires TIC au collégial.


Vitrine APO

Les répertoires de la Vitrine APO, accessibles depuis le portail NTIC.org, comprennent des milliers de ressources (sites Web, périodiques, applets, scénarios pédagogiques, etc.). L'application des normes est en cours. Les travaux permettront :
  • de consolider les différentes bases de données de la Vitrine APO afin de faciliter leur administration et leur maintenance;

  • de modifier facilement la mise en page des données sans avoir à modifier le code;

  • de rassembler plusieurs types de données (ISEF, Bibliothèque virtuelle, ABC du multimédia) sous un même thème (par exemple, Histoire) afin d’assurer une meilleure intégration pédagogique;

  • d’établir une meilleure coopération nationale et internationale en exportant les descripteurs des objets pédagogiques suivant les standards émergents


Cégep@distance

Le Cégep@distance a entrepris, en 2002, une recherche approfondie sur les normes qui encadrent la gestion des ressources d’enseignement et d’apprentissage. La réflexion englobait non seulement la gestion des contenus Internet, mais aussi celle de l’ensemble des processus de conception et de développement des cours.

L’élément principal des actions du Cégep@distance a donc été l’implantation, en 2003, d’un logiciel intégré de gestion des contenus (Documentum), qui couvre notamment les processus de rédaction et de développement des cours, les outils de travail en collaboration, les objets d’apprentissage et les contenus imprimés. Cet outil facilite aussi la reconnaissance et la gestion des métadonnées à toutes les étapes du processus, de la phase initiale à la mise en diffusion des contenus.

L’environnement Documentum a aussi été personnalisé pour prendre en charge les métadonnées définies par les normes IMS, SCORM, IEEE1484 et NORMETIC; des outils d’assemblage de cours, selon les normes IMS et SCORM, ont été intégrés à Documentum pour que ce dernier puisse jouer efficacement son rôle de gestion des contenus.

La plateforme de diffusion des cours du Cégep@distance (SOCI) a été adaptée aux normes IMS et SCORM, de façon à accueillir efficacement les contenus produits à l’aide de l’outil Documentum, mais aussi les contenus qui seraient produits par d’autres organisations ou par des fournisseurs externes.


DECclic

La compatibilité est annoncée pour janvier 2004. DECclic permettra aux auteurs d’identifier leurs contenus à l’aide des normes SCORM et NORMETIC. Un assistant les guidera dans la génération d’un fichier XML selon la norme choisie.

Dès l’hiver 2004, les 19 cours produits par le DEC virtuel seront granularisés pour permettre aux enseignants utilisant DECclic et d’autres plates-formes normalisées, d’importer différents objets d’apprentissage tirés de ces cours. Ce processus s’étendra sur plusieurs mois. De plus, l’éditeur d’évaluations de DECclic fait l’objet d’une refonte complète. En effet, les évaluations, les seuls éléments qui sont la propriété de DECclic, seront dorénavant réalisées dans un cadre qui respectera au maximum les standards d’IMS. Le nouvel outil doit assurer la réutilisation des évaluations déjà produites avec DECclic et permettre des échanges de questionnaires entre plates-formes normalisées.


CCDMD

Le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD) a lui aussi entrepris de travailler en conformité avec NORMETIC. Dans les prochains mois, les nouvelles REA (ressources d’enseignement et d’apprentissage) qui arriveront sur le marché seront en conformité avec NORMETIC. Il sera ainsi beaucoup plus facile de repérer du matériel approprié à ses besoins parmi les outils de recherche.

Au delà des nouveaux produits (REA), le CCDMD s’engagera dans la granularisation, c’est-à-dire que le Centre travaillera à créer des unités (REA) non seulement avec les nouveaux projets, mais aussi à partir des logiciels et sites Internet déjà existants. Le but de cette opération sera, bien entendu, de contribuer au patrimoine éducatif.

 

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