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 Numéro 52, Janvier 2004 
Antidote-Prisme. Élève Marcel, ayez du style! Version Imprimable  Version imprimable


Marcel Fortin, enseignant à la retraite

Ce sous-titre, je l’ai emprunté à un rêve fait ce matin. Un de mes professeurs du cours classique commentait une de mes compositions (comme on disait jadis). Il m’incitait à créer un contact de qualité et d’agrément avec mes lecteurs (il pensait aussi à lui, j’en suis sûr!)… « Ayez du style, de la personnalité, mettez de la couleur, du rythme, de la vie dans votre texte! Courez vite vous acheter le bon vieux Legrand (Traité de stylistique) ou les leçons de l’Art d’écrire d’Antoine Albalat! Le style, ça se pratique, ça s’apprend! Il suffit de se mettre un prisme dans la tête pour décomposer les phrases, les mots, les tournures. Observez les effets qu’ils créent. Oui, achetez-vous un prisme, je pense que c’est une image que vous pouvez comprendre, n’est-ce pas?… »

Comme il commençait à élever la voix, tellement il se voulait convaincant, j’ai pris peur et me suis éveillé. Perplexe, je me suis demandé quel était le déclencheur de ce rêve… Bien vite, j’ai compris qu’ayant exploré depuis cinq jours la nouvelle version d’Antidote, j’avais été totalement fasciné par son nouvel outil : PRISME! Vous voici donc invités à découvrir cet outil révolutionnaire que viennent de présenter à la presse les créateurs du célèbre Antidote. Une percée technologique sûrement, car ils sont les premiers à avoir osé nous aider à faire de la pragmatique et à nous initier à une stylistique objective. Pour notre plus grand bien, vous en conviendrez tout à fait.


Le grand œuvre

Avant d’aborder le Prisme en question, il faut ici rappeler plusieurs choses. Antidote célèbre ses dix ans d’existence d’une manière grandiose! Les druides ont travaillé sur tous les modules, les ont enrichis, ont refondu ou raffiné l’interface de certains. Pensez donc que le dictionnaire totalise 110 000 entrées, accepte les recherches par joker, par famille, etc., que les synonymes atteignent le million pour 60 000 fiches (100 000 hyponymes et plus de 100 000 antonymes). Le tout assaisonné des marques d’usage! Sans oublier ces fameux onglets spécialisés qui sont de véritables accélérateurs de consultation, avec la possibilité enfin d’imprimer toute fiche consultée, partout et toujours (bravo pour les professeurs!) dans la vitesse de réaction et la complémentarité des outils; parfois, on peut se croire submergé, en quelque sorte. À un certain moment, je me suis senti dans une espèce de cathédrale des mots; ils sont tous là rassemblés, attendant nos prières, nos attentes, prêts à réaliser tous nos vœux, à combler tous nos besoins. C’est là une perception, partagée par beaucoup, du grand œuvre de nos druides québécois.


PRISME

Approchons-nous maintenant de ce fameux prisme linguistique, cet outil qui décompose, pour ainsi dire, le texte analysé et corrigé. L’image est belle : vous tenez dans vos mains un prisme qui décompose la lumière, celle des informations mises dans votre texte. Les composantes du texte, chacun le sait, sont d’abord tout ce que le correcteur a analysé et relevé. Ce sont ces mêmes informations qui seront triées selon des filtres privilégiés pour nous aider à retravailler notre texte. Vous l’avez deviné, ces filtres, quand on les activera à tour de rôle, vont surligner le texte pour faire ressortir dans tout le texte telle ou telle information propre au filtre choisi… De tels crayons marqueurs, Prisme nous en propose une bonne centaine! Le surlignement vise justement à améliorer et à diversifier nos stratégies de relecture. Pour bien écrire, il faut absolument se relire, et bien! C’est là une opération incontournable pour tout le monde, même pour les grands maîtres de la langue écrite. Ce qu’il y a de magique dans le surlignement, c’est qu’il conduit l’œil à ne regarder que les taches colorées, pour augmenter notre attention critique… En fait, le surlignement crée une sorte de mise hors champ ou d’effacement relatif de toutes les zones non marquées. Pour voir, synthétiser, mémoriser les informations importantes d’un texte, qui d’entre nous n’a jamais pris un marqueur dans ses mains pour « extraire » visuellement les données jugées centrales?

Prisme fonctionne avec deux jeux de filtres : ceux de la révision (pragmatique, logique, style, tournures, divers) et ceux de la description (catégories, groupes, fonctions, conjugaisons, rectifications). Les deux sont utiles selon les compétences linguistiques du rédacteur (pour une explication sommaire de chacun des filtres, on peut consulter les renseignements donnés dans la grammaire).

Supposons un moment que vous venez comme moi d’écrire un article pour Clic. Connaissant votre tendance personnelle à faire de longues phrases, vous voulez vérifier si vous avez su contrôler votre manie. Après avoir passé au correcteur votre article, vous appelez Prisme – révision et vous activez le filtre des phrases longues… En un clin d'œil, vous constatez vos oublis, leur
nombre, et d’un zigzag visuel vous trouvez les coupables. Vous êtes à pied d’œuvre maintenant. Vous devez décider si oui ou non ces phrases ralentissent trop la lecture, si elles gagnent à être segmentées et, si oui, vous passez sur-le-champ aux transformations.








J’ai pris l’exemple des phrases longues, car j’en rédige fréquemment. J’aurais pu tout aussi bien choisir les répétitions (souvent ennuyeuses!), les verbes incolores (comprenez insignifiants, car ils sont des passe-partout… être, avoir, etc.). La même démarche s’offre à vous. Je pourrais aussi vous proposer des opérations plus ambitieuses, par exemple d’examiner le nombre et la distribution des adjectifs, des adverbes, les particules fonctionnelles, etc., et là, vous pourriez découvrir les ressources des filtres du Prisme-distribution. Le hic, c’est que les filtres ne font que détecter et surligner sans vous dire comment remplacer les mots problématiques s’ils sont trop nombreux ou mal répartis. Évidemment, vous pouvez fouiller les listes des synonymes ou trouver un vade-mecum des règles stylistiques de nos grands maîtres. Si vous avez la piqûre stylistique, vous ne pourrez pas vous contenter des explications sommaires du guide papier de Prisme (pages 91-97)!

Je pense que les exemples donnés ici suffisent pour piquer votre curiosité et que vous comprenez assez bien en quoi consiste l’assistance stimulante des outils de décomposition de Prisme. Si vous maîtrisez bien les catégories grammaticales et avez de la facilité à reconnaître la nature des mots, noms, adjectifs, propositions, verbes, etc., vous aurez beaucoup d’aisance à mettre à profit ces surligneurs très doués. Mais si, au contraire (comme la majorité des étudiants actuels), vous ne distinguez pas très bien un nom d’un adjectif ou d’un adverbe, alors là vous devrez faire confiance à Prisme… Lui, il sait les distinguer sans coup férir et il vous les montre même en couleurs, en blocs ou séparément!





Le monde des outils d’assistance à l’écriture vient de changer profondément avec la parution du Prisme d’Antidote. Je crois que c’est un outil qui favorisera la relecture de nos textes et leur réécriture. Si, comme je le pense et le souhaite, Prisme devient un outil populaire dont personne ne voudra se passer à l’avenir, alors il faudra occuper totalement la famille du mot prisme : procéder à une relecture assistée se dira « prismatiser » son texte, et tout le discours au sujet des outils d’assistance stylistique prendra le nom de « prismatique ». Les druides d’Antidote ont fondé une nouvelle famille sémantique.

Ce ne sera pas la première fois qu’une nouvelle technologie redonnera vie à un vieux savoir empirique : observer les grands textes, les lire et les relire, les comprendre et les imiter en se relisant inlassablement. Pour revitaliser l’enseignement de la stylistique dans nos écoles, il faudra enseigner avec de vraies démonstrations les vertus exceptionnelles des outils d’Antidote. Si vous aviez assisté au lancement de cette nouvelle version, vous auriez vu des auditeurs fascinés par la virtuosité du présentateur André d’Orsonnens, et désireux eux aussi de se lancer dans la prismatique textuelle.Très souvent, il faut avoir un texte plus que correct : quand il faut convaincre, plaire, intéresser… C’est alors que Prisme peut faciliter la relecture sélective, suggérer des pistes logiques et stylistiques. Antidote a vraiment grandi. Il peut nous aider autant à la correction de nos textes qu’à leur élégance stylistique. Je souhaite qu’un jour Prisme puisse faire de l’analyse syntaxique fonctionnelle des phrases pour nous en donner les indices de longueur, de complexité et de variété, et cela, objectivement1!

Longue vie à Antidote et à son Prisme!

 

Rappels sur deux grands maîtres de la stylistique française jadis bien connus ici au Québec

Antoine Albalat

Pour celui qui serait tenté par l'éternel débat sur la dialectique de la lecture et de l'écriture, Antoine Albalat a déjà répondu au début de ce siècle avec la Formation du style par l'assimilation des auteurs et le Travail du style, réédité chez Armand Colin, comme son Art d'écrire.

Émile Legrand,

Méthode de stylistique française - pensée directrice « En résumé, n'employez qu'avec réserve les pronoms, les adverbes, les conjonctions, les verbes être, avoir, faire, dire, etc., et autres platitudes analogues, qui viennent d'elles-mêmes se jeter sous la plume, comme pour dispenser l'écrivain novice de courir à la recherche du mot propre ou du tour élégant. »

Legrand, Émile. Méthode de stylistique française à l'usage des élèves, Montréal, s.n., 1942, vii, 276 p. (Couverture : I sic de Gigord).

Se référer à :

« Legrand, Émile, Méthode de stylistique française à l'usage des élèves, Paris, J. de Gigord, 1927, vii, 276 p. (Inscrit au catalogue de la Bibliothèque nationale de France) »

« Manuel réimprimé au Québec durant la guerre de 1939-1945 en vertu de la licence accordée à cette fin par le gouvernement fédéral en 1939. Aucune des réimpressions n'indique de nom d'un éditeur québécois. Tout au plus peut-on noter que le livre du maître publié en 1944 porte la mention « FEC » à la suite du texte de l'arrêté exceptionnel; or, s'appuyant sur le même arrêté exceptionnel, la communauté des Frères des écoles chrétiennes a imprimé durant la même période une quinzaine de manuels français publiés initialement en France par leurs confrères et ces derniers faisaient affaire avec le même J. de Gigord. » Source : Encyclopédie Agora.

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