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 Numéro 53, Mars 2004 
Linux, on fait le saut? Version Imprimable  Version imprimable


André Cotte  (Vitrine APO)

Pour ne pas vous méprendre sur les intentions de l'auteur du présent article, sachez qu'il utilise Linux et Windows avec son ordinateur portable personnel. Son intention n'est donc pas de vous décourager d'avoir recours à Linux, mais de vous éviter des déceptions et des difficultés!
Notez aussi que je traite exclusivement ici de l'utilisation de Linux en mode autonome sur un ordinateur personnel, et non à titre de serveur ou de terminal relié à un serveur.


Êtes-vous vraiment décidé?

Ce que vous avez lu et entendu ces derniers mois à propos des logiciels libres, de Linux et de... Microsoft vous a séduit, et vous songez à abandonner Windows et à faire le saut vers Linux? Attention! Avez-vous pris en considération toutes les dimensions de cette décision? Si vous n'êtes pas ce qu'on appelle un « power user », c'est-à-dire un utilisateur très aguerri, lisez attentivement ce qui suit.

Mes deux ans d'expérimentation de Linux sur un ThinkPad 600e m’amènent à déconseiller l'installation de Linux à toute personne qui ne se considère pas comme un utilisateur averti, à moins qu'elle ne soit amie avec un programmeur ou un aficionado de Linux. Voyez : vingt-quatre mois plus tard, et après avoir essayé au moins quatre distributions différentes de Linux, je n'ai toujours pas le son sur mon ThinkPad, je n'arrive pas à imprimer dans toutes mes applications et je n'ai pas encore réussi à utiliser mon numériseur Canon fonctionnant sous port parallèle. Loin de moi, donc, l’idée de prétendre que Windows est devenu inutile sur mon portable! Quand on vient de l'univers Windows ou Mac, on trouve de telles difficultés inacceptables. Mais pas dans l'univers Linux! Il est vrai qu'il est toujours plus difficile d'installer un système d'exploitation sur un ordinateur portable que sur un ordinateur de bureau parce que les périphériques internes ne sont pas standardisés.

Vous voulez toujours vous lancer dans l'aventure? Voici les écueils qui vous attendent.

Disons tout de suite qu'il n'est pas réaliste, comme je l’avais cru, de penser qu’après avoir choisi Linux, vous pourrez vous passer complètement de Windows ou de MacOS. Vous aurez certainement à y revenir, ne serait-ce que pour utiliser un périphérique qui n'est pas encore supporté par la « version » de Linux que vous aurez installée. Il faut donc prévoir un double amorçage (dual boot) de votre ordinateur, à moins que vous n'ayez un deuxième ordinateur que vous pouvez dédier à Linux.


Avant de vous lancer pour de bon

Il faut savoir que si le cœur de Linux (en jargon d'informaticien, on dit le kernel) est presque toujours le même, il y a des dizaines de Linux! Car le cœur de Linux s'installe, si l’on veut continuer la comparaison, dans un corps où le choix des organes et des membres est grand. Plusieurs « assemblages » différents de logiciels peuvent l’accompagner. Ce sont ces assemblages particuliers qu’on nomme distributions. Parmi les plus connues, mentionnons Mandrake, Debian, Red Hat, Suse, Slackware. Ces distributions sont mises à jour régulièrement; donc, chacune porte un numéro de version. Ainsi, nous en sommes à Mandrake 9.2, à Debian 3.0, etc.

Ne croyez pas que toutes les distributions se valent ni que n'importe laquelle vous convienne! Chacune a ses forces et ses faiblesses. Certaines visent les programmeurs et les développeurs de logiciels, pour qui la convivialité et les applications courantes ne sont pas des préoccupations premières. D'autres, au contraire, comme Mandrake, visent le grand public et l’on tente par tous les moyens de rendre leur installation facile; elles proposent des applications populaires (multimédia, bureautique, etc.). Enfin, chaque distribution est assortie en principe des pilotes (drivers) des périphériques les plus connus. Mais il n'y a pas de certitude qu'une distribution qui vous plaît fera fonctionner votre imprimante, votre numériseur ou votre graveur. Bien sûr, si vous êtes programmeur ou très, très expérimenté, cela n'est pas un problème, car vous pourrez chercher les périphériques dans Internet et, s'ils existent, les installer vous-même. Mais attention, ce n'est pas une entreprise de débutant!
Vous commencez à douter de votre volonté d'installer Linux? Alors vous pouvez l’essayer, sans l'installer. Oui, vous avez bien lu! Certaines distributions s'exécutent directement d'un cédérom sans que vous ayez quoi que ce soit à installer sur votre disque dur. La plus connue se nomme Knoppix. Elle vous permettra de vous familiariser avec Linux et surtout de vérifier si la plupart de vos périphériques sont supportés sous Linux, avant de vous lancer dans l'installation complète sur votre disque dur.

Même Knoppix vous fait peur? Rassurez-vous, vous pouvez quand même faire un pied de nez aux multinationales du logiciel. Comment? En utilisant des applications (logiciels) libres sur votre ordinateur Windows ou Mac. Linux est un système d'exploitation libre, mais on trouve sur le marché, depuis quelques années, de très nombreux logiciels produits selon la même philosophie du libre et ce, non seulement pour Linux, mais également pour Windows et MacOS. D'ailleurs, MacOS X est lui-même basé sur un système d'exploitation libre, le BSD. Si cette voie vous intéresse, un site remplira, à lui seul, presque tous vos besoins. Il s'agit du site Framasoft.


Vous êtes décidé à faire le grand saut?

Cet article n'a pas pour but de décrire en détail l’installation concrète de Linux. Vous trouverez sur certains sites des tutoriels pour vous aider à réussir cette opération. Par exemple, si Mandrake 9.2 vous convient, le site québécois LinuxÉdu-Québec vous propose un guide d'installation.

La première étape consiste à choisir la distribution. Lisez un peu de documents d’information pour voir si celle que vous envisagez installer pourra répondre à vos besoins. Souvent, la meilleure façon de le savoir, c'est… de l'installer! Vous pouvez aussi simplement choisir celle que vous avez sous la main. Comme Linux est un logiciel libre, il n'est pas nécessaire de payer la distribution. Une connexion Internet à haute vitesse et un graveur de cédérom vous donnent accès à la plupart des distributions. En effet, celles-ci sont presque toutes offertes en images iso sur les sites des compagnies : vous téléchargez les images (il y a souvent plus d'un cédérom pour une distribution), puis vous les gravez. Trop long? Trop compliqué? Trois autres moyens sont à votre disposition. Les magazines dédiés à Linux offrent très souvent des versions allégées des distributions les plus récentes sous forme de cédéroms encartés dans la revue. De plus, des sites Internet se spécialisent dans le téléchargement des images iso, les gravent pour vous et vous les vendent pour un prix dérisoire. Ah oui!, j'allais oublier... vous pouvez tout simplement les acheter en boîte directement de la société responsable de la distribution. C'est plus cher, mais le service est fourni! Évitez cependant les distributions exotiques et rares, car vous aurez de la difficulté à trouver des gens pour vous aider en cas de problème.

Si les logiciels fournis avec la distribution et les périphériques supportés directement vous conviennent, allez-y! Un Linux qui fait tout ce que vous voulez dès l'installation sera presque aussi simple à gérer que votre Windows. L'installation de nouveaux logiciels ou pilotes de périphériques n’est pas toujours facile, ne l’oubliez pas. Personnellement, je suis satisfait de Mandrake 9.2. Vous pourriez également opter pour Édu-Linux, une distribution québécoise mise au point par des étudiants de l'Université de Sherbrooke et basée sur Mandrake 9.1.

Puisque vous choisirez probablement le double amorçage, vous devez savoir que Windows doit être installé en premier. Il peut être plus difficile de réaliser le double amorçage avec XP qu'avec les autres versions de Windows. Il pourrait même arriver que vous ne puissiez plus démarrer XP après l'installation de Linux. Soyez vigilant quand on vous proposera LILO ou GRUB, les deux gestionnaires de double amorçage les plus populaires sous Linux. La disquette de démarrage de votre Windows (vous savez, celle que vous avez toujours refusé d’utiliser…) vous rassurera. Même conseil pour Linux : la plupart des distributions vous offrent une disquette de démarrage, ne vous en privez pas.

Un autre opération délicate dans l'installation de votre Linux est la partition de votre disque dur pour « faire de la place » à Linux. Évidemment, si vous dédiez un ordinateur à Linux, vous pouvez vous permettre de perdre tout ce qu'il y avait auparavant sur votre disque dur. Mais si vous voulez disposer de Windows et Linux sur le même appareil, alors il faut porter attention à cette étape de l'installation. Normalement, les distributions récentes de Linux devraient pouvoir repartitionner votre disque dur sans perte de données, à la condition que vous ayez pris soin de défragmenter auparavant votre disque à partir de Windows. Faites quand même une copie de sécurité de vos données importantes. J'ai perdu un Windows complet avec tous mes fichiers en me fiant au logiciel de partition de Linux… Pour limiter les risques, vous pouvez repartitionner au préalable avec un logiciel comme Partition Magic. Ce dernier vous permettra même de préparer les partitions au format Linux!

Il est nécessaire d'avoir plus d'une partition dédiée à Linux. Le minimum? Deux : une pour le « swap » (donnez-lui deux fois la dimension de votre mémoire RAM) et l’autre pour Linux et vos fichiers. Il est commode d'en effectuer une troisième qui contiendra vos fichiers (on la nomme /home). Si vos partitions sont déjà faites, vous pourrez décliner l'invitation de votre distribution à partitionner votre disque et simplement lui indiquer d'utiliser les partitions existantes. Le formatage de ces partitions ne comporte pas de risques puisqu'elles ne contiennent pas encore de données. Mais attention, ne faites pas formater votre partition Windows!

Une distribution Linux peut contenir plusieurs centaines de logiciels différents. Au moment de l'installation, on vous proposera un choix, ce qui n’est jamais le cas avec Windows et MacOS. Une fois votre installation terminée, vous aurez à votre disposition la plupart des logiciels dont vous avez besoin (et souvent plus d'un pour la même tâche) et sans que cela ne vous coûte un sou de plus! Ne vous sentez pas obligé de tout choisir tout de suite. Les distributions disposent, la plupart du temps, d’un mécanisme simple qui vous permet d’ajouter sur votre disque dur des logiciels du cédérom que vous auriez écartés lors de la première installation. Vous pourrez également désinstaller ceux qui ne vous plaisent pas et qui occupent trop d'espace.

L'installation terminée, il vous restera à vous familiariser avec votre Linux. Vous avez le choix de plusieurs interfaces graphiques différentes. Si vous venez de l'univers Windows et ne voulez pas être dépaysé trop vite, choisissez l’interface KDE. Elle ressemble à Windows, et surtout, elle est, tout comme Gnome, très bien supportée. Vous aurez quelques réglages à faire pour votre imprimante si elle n'a pas été configurée dès l'installation, ainsi que pour votre accès Internet. Si vous entrez dans votre Linux comme simple usager et non pas comme administrateur (root), tel qu’on vous l'a probablement suggéré lors de l'installation, vous ne pourrez pas causer de tort à votre système. Profitez-en pour explorer la riche gamme de logiciels mise à votre disposition.


Les petits tracas de l'après-installation

Votre installation est complétée? Cela ne veut pas dire que tout est terminé! Il est probable que vous n'ayez pas trouvé dans la longue liste de logiciels disponibles des incontournables du Web comme Real Player, Quick Time, Flash, etc. En effet, plusieurs distributions disponibles en téléchargement n'incluent pas ces logiciels non libres, quoique gratuits. Si le statut de logiciel libre autorise n'importe qui à le redistribuer, ce n'est pas vrai des logiciels gratuits non libres. Il semble que cette autorisation ne vaille que pour la version commerciale de la distribution.

Prenons le cas de Mandrake. La version (download) acquise par téléchargement ne contient aucun des logiciels mentionnés plus haut. Vous devrez soit adhérer au Club Mandrake (60 euros pour un an) pour y avoir accès, soit retrousser vos manches et tenter de les installer en suivant les instructions fournies sur les sites des compagnies qui en possèdent les droits. Et cela, c'est parfois facile, mais parfois difficile.

Quant à Debian, cette distribution se veut entièrement constituée de logiciels libres. Donc, pas de place pour ces logiciels devenus presque indispensables pour qui navigue sur le Web régulièrement. Vous devrez les installer par la suite. Certains seront disponibles directement sur le site Debian; pour les autres, il faudra vous débrouiller.

Heureusement, si vous achetez (oui, oui, on peut acheter du libre…, mais c'est un autre sujet) votre distribution de la compagnie qui la produit, comme Mandrake, Suse, Red Hat et les autres, vous disposerez probablement de plusieurs de ces logiciels dès l'installation initiale. Du moins, c'est le cas avec Mandrake. Consolez-vous, vous paierez bien moins cher que pour l'achat de Windows!

Si vous avez de la chance et que tous vos périphériques actuels sont supportés et fonctionnent dès la première installation, ne bougez plus! Vous faites partie d'un groupe sélect. En effet, si l’ordinateur ou ses périphériques sont très récents, il est rare que tout fonctionne du premier coup. De là l'intérêt de commencer avec une distribution qui s'exécute directement du lecteur de cédérom. Les fabricants de ce type de distributions s’efforcent de faire en sorte qu’elles reconnaissent les périphériques et offrent les pilotes adéquats. Si une de ces distributions supporte tous vos périphériques, les chances sont grandes qu'une distribution récente les supporte également. L'installation d'un pilote manquant pour un de vos périphériques est hélas beaucoup moins facile que l'installation d'un logiciel manquant. Je vous rappelle que j'essaie toujours de faire fonctionner la carte de son de mon ThinkPad!


Linux ou pas Linux?

Découragé par ce que vous venez de lire? Dites-vous que vous pouvez quand même participer à ce grand mouvement du logiciel libre. Voici d'autres façons de faire partie de la confrérie.

Remplacez plusieurs de vos logiciels sous Windows ou sous Mac par des équivalents libres. La source la plus complète pour dénicher ces logiciels? Le site Framasoft. Vous y trouverez même des cédéroms offerts en téléchargement gratuit ou prix presque et contenant déjà un assortiment de logiciels libres. On les appelle des compilations, comme en musique!

Faites-vous la main avec Linux à l'aide des distributions qui s'exécutent directement de votre lecteur de cédérom. Cela vous évitera d'avoir à partitionner votre disque dur. Bien sûr, ce n'est pas une solution à long terme, mais vous pourrez affirmer fièrement : « Oui, oui, je connais Linux! ». La plus achevée de ces distributions est Knoppix, mais Framasoft vous en propose plusieurs autres.

Enfin, agréable suggestion : trouvez un ami ou un collègue qui « trippe » informatique et laissez-le vous aider à installer Linux sur votre ordinateur, en double amorçage. Plaisir garanti!

Bonne chance! 

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015