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 Numéro 53, Mars 2004 
Gérer les connaissances TIC Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

L'appropriation des TIC en enseignement et en apprentissage repose sur les échanges d'expériences et de ressources entre les enseignants. Le développement de ce savoir collectif exige des outils permettant de combler l'isolement dû à l'éloignement et à la dispersion. Dans le contexte actuel de renouvellement du corps professoral, la transmission des « trucs du métier » en matière de pédagogie peut être facilitée par le partage de l’information.

La gestion des connaissances est particulièrement importante en période d’adaptation au changement et lorsqu’on cherche à favoriser l’innovation. Une distinction s’impose entre les connaissances tacites, qui sont le propre des individus (trucs, intuitions, secrets du métier), et les connaissances explicites formalisées sous forme de documents. Dans une organisation, les connaissances tacites représentent habituellement entre 85 et 90 p. 100 de la connaissance totale sous forme de savoir-faire, modèles mentaux et perceptions.

Le cycle de vie de la connaissance

Le processus de circulation des connaissances peut être représenté sous la forme schématique suivante.



Figure 1 : Cycle de vie de la connaissance.
(Inspiré de Gilles Balmisse, Gestion des connaissances, outils et applications du knowledge management, Entreprendre Informatique, Vuidbert)


La connaissance tacite est le plus souvent obtenue auprès d’experts. La transmission de connaissances tacites entre individus correspond à la socialisation.

Pour être traitée par un système d’information, la connaissance tacite doit être recueillie et transformée en connaissance explicite : c’est le processus d’externalisation, qui prend la forme de transmissions écrites (courriel, liste de diffusion, base de données). Lorsqu’un individu consulte une base de connaissances explicites et les intègre dans sa pratique, on parle d’internalisation ou, plus simplement, d’apprentissage. Enfin, l’échange de connaissances explicites est le résultat de la combinaison des répertoires, à l’intérieur d’un réseau, par exemple.


Le modèle du Portail des TIC de la Vitrine APO

La gestion des connaissances TIC est particulièrement appropriée dans le contexte actuel d’intégration des technologies en enseignement et de renouvellement du personnel enseignant. Dans le cadre de ses activités de veille technologique en éducation, la Vitrine APO a développé des outils dans ce domaine. Pour cela, elle a fait appel aux services de trois diplômés de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal. Les outils ont été mis au point dans le cadre de divers partenariats et collaborations qui ont permis d’assumer les coûts de développement.


L’Index de sites éducatifs francophones (ISEF)

Le séminaire franco-québécois « Les innovations en éducation : les nouvelles technologies dans le domaine pédagogique» de novembre 1995 marque le coup d’envoi d'un projet de Yahoo - AltaVista éducatif francophone, proposé par Benoit Grégoire, alors webmestre à la Vitrine APO. Il s’agit en fait de deux services permettant à la fois de consulter un répertoire de sites et de chercher directement dans le contenu indexé de pages éducatives. De concert avec l’Académie de Strasbourg, les concepteurs construisent alors un premier corpus de sites pédagogiques francophones à l’aide d’une base de données commune. Dès 1997, on peut déjà fouiller dans plus de 150 000 pages éducatives grâce à la collaboration de Digital, qui met un serveur AltaVista à la disposition des partenaires. Malheureusement, après la vente d’AltaVista à Compaq en 1998, les politiques de partenariat sont modifiées et il n’est plus possible d’héberger gratuitement l’index. Seul le côté répertoire de l’ISEF est maintenu alors que les Français développent en solo leur propre version d’un index des sites des académies.

Le répertoire de l’ISEF se distingue par sa capacité de stocker les suggestions d’ajouts du public dans une zone tampon. Cette fonction permet de recueillir de l’information tacite auprès des individus. L’un ou l’autre des partenaires peut réviser et approuver ces ajouts. En moyenne, une quinzaine de nouveaux sites sont proposés chaque semaine, dont environ la moitié est conservée. La description soignée du site est prioritaire : il faut y inclure tous les termes représentatifs du contenu.

À l’hiver 2000, le répertoire compte déjà plus de 700 références et une réorganisation des catégories s’impose. Jean Fachin est chargé de revoir l’ensemble des sites et de proposer une nomenclature efficace. Il établit deux catégories : la nature du site (site disciplinaire, cours et exercices interactifs, guides…) et sa source (site d’association, d’établissement, site personnel…).

Aujourd’hui, en 2004, le répertoire compte plus de 1000 sites éducatifs francophones triés sur le volet. Un robot vérifie la validité du contenu et des liens proposés. La diffusion de l’information repose sur un moteur de recherche qui porte sur les mots-clés dans le titre ou la description des sites. On peut aussi restreindre la recherche selon la nature et la source du site. L’interconnexion avec le Portail des TIC permet d’afficher les nouveautés en page d’accueil, dans le bulletin électronique hebdomadaire et sur le fil RSS de nouvelles pédagogiques du Portail des TIC de la Vitrine APO, repris dans les sections pédagogiques des sites de 17 cégeps (pour localiser la page du site de votre cégep qui reprend ces nouvelles), tandis que le site de l’ISEF permet de consulter les cinq fiches les plus récentes.


Bibliothèque virtuelle des périodiques

Au début de l’été 1997, la Vitrine APO rassemble un groupe de bibliothécaires de cégeps, sous la direction d’Isabelle Laplante (maintenant responsable du Centre de documentation collégial), pour créer un outil collectif permettant de maintenir à jour un répertoire de ressources en ligne et de rendre accessibles, de manière efficace, les périodiques offerts gratuitement dans Internet.

En collaboration avec l’Académie de Strasbourg, l’équipe recense un corpus de base et le classifie soigneusement en fonction de la périodicité, du type de contenu accessible et de la cote Dewey. Elle propose une interface de suggestion d’ajouts de périodiques au répertoire à l’intention des collaborateurs bénévoles qui souhaitent enrichir le répertoire sans avoir à se soucier des questions de gestion des fiches.

Aujourd’hui, ce répertoire comprend plus de 500 périodiques et s’enrichit régulièrement d'informations tacites des individus. Les adresses des sites répertoriés sont régulièrement validées par un robot spécialement conçu à cet effet. Afin de réduire le lourd travail de classification, la fiche de suggestion comprend depuis peu la majorité des informations nécessaires, dont le numéro ISSN, le lieu d’édition et le nom de l’éditeur. La grande force de cette bibliothèque réside dans la variété des outils de diffusion de l’information. De façon entièrement transparente, un thésaurus local guide l’utilisateur. Par exemple, l’objet de la requête « cervoise » est automatiquement remplacé par le terme « bière », ce qui assure une meilleure correspondance avec l’information vraiment recherchée.



Figure 2 : Bouquinage dans la Bibliothèque virtuelle des périodiques. L’utilisateur peut choisir un thème plus précis dans les catégories ou utiliser la zone Emplacement pour consulter un thème plus général (Technologies — Sciences appliquées).


Il est également possible de bouquiner en naviguant dans la structure hiérarchique Dewey. À partir d’un résultat de recherche, l’utilisateur peut passer à un thème plus spécifique ou plus général en cliquant simplement sur un titre de catégorie, ce qui lui permet d’affiner sa recherche.

Une interconnexion avec le Portail des TIC permet d’afficher les nouveautés en page d’accueil, dans le bulletin électronique hebdomadaire et sur le fil RSS repris dans les sections pédagogiques des sites de 17 cégeps tandis que le site de la Bibliothèque virtuelle permet de consulter les cinq fiches les plus récentes.


Répertoire de requêtes

Le Répertoire de requêtes de veille technologique en éducation a été conçu et réalisé en 1999 par Anne-Laure de Sarrau. Il s’inspire de la technique d’exploration de données (data mining), qui consiste à scruter de manière automatique une série de contenus en ligne pour repérer les changements et ajouts.

Dans un premier temps, on a récupéré les connaissances tacites d’une quarantaine d’enseignants provenant de cinq cégeps différents pour construire un corpus de 1 000 requêtes, classées de manière hiérarchique et pour lesquelles le nombre de résultats correspondants est actualisé quotidiennement.

L’un des objectifs de ce projet de la Vitrine APO, intitulé « Veille automatisée pour l’apprentissage à vie » et financé par le Bureau des technologies de l’apprentissage, était de signaler automatiquement aux enseignants les changements observés dans les répertoires disciplinaires sous surveillance. L’enseignant devait pouvoir déterminer soit le niveau de changement nécessaire avant de recevoir un avis par courriel, soit la fréquence à laquelle il souhaitait être informé.

Lors de l'expérimentation (pour consulter le rapport final de l’expérimentation) avec AltaVista, nous avons observé que le système indiquait bien l'apparition de nouvelles références, mais qu’AltaVista ne conservant que la date de création (et non d'indexation) du document, il était impossible d'isoler ces nouveaux documents convenablement. Quant à Google, il ne permet pas non plus d’avoir accès à cette information, dans sa version actuelle.



Figure 3 : Résultats d’une recherche dans la base de connaissances du site de requêtes de la Vitrine APO.


Une fonctionnalité semblable est aujourd’hui disponible avec le fureteur Internet Explorer. Les abonnements permettent d'accéder aux informations du Web mises à jour. Lorsque qu’on s’abonne à une page Web, le fureteur ajoute celle-ci à notre liste des favoris, puis actualise le contenu en fonction de la planification précisée. On peut alors voir, en un clin d'œil, les abonnements qui ont fait l'objet d'une mise à jour.

L’interface de consultation du site de requêtes (figure 3) a été conçue pour permettre une consultation optimale de la base de connaissances. La recherche s’effectue à la fois dans la riche arborescence des thèmes disciplinaires élaborée par les enseignants des cégeps participants et dans les fiches de requêtes elles-mêmes. Dans l’exemple illustré ici, le terme « santé » mène à des requêtes précises. Cependant, ces requêtes sont précédées de l’arborescence, sous forme d’hyperliens, qui permet de consulter l’ensemble des requêtes rattachées à un sous-thème particulier. La seconde partie des résultats propose d’autres thèmes, à des niveaux légèrement plus larges, qui permettent d’affiner la recherche au besoin.

Le système de veille par requêtes de la Vitrine APO s’appuie, depuis 2002, sur une nouvelle architecture de programmation qui permet, entre autres, de stocker n’importe quel type de requête adressée à des index, répertoires publics (Yahoo, Google…) ou bases de données en ligne et de récupérer périodiquement le nombre de résultats associés à une requête.

Un parseur permet de composer une requête générique dont la syntaxe peut être automatiquement adaptée pour être comprise par une base de données particulière. Une application possible de ce système consisterait à fédérer les efforts des bibliothécaires de cégeps qui repèrent des ressources éducatives en ligne pour des thèmes très précis. En conservant la démarche de consultation de ses sources, il serait possible de lancer de nouveau les requêtes et d’obtenir un résultat parfaitement actualisé sans avoir à composer un énoncé complexe impliquant souvent des opérateurs booléens (ET, OU, SANS) ou spéciaux (TITRE, URL…).


Le Portail des TIC

Du point de vue de l’enseignant, il reste difficile de trouver à priori, parmi ces répertoires, celui qui est le plus approprié à tel ou tel type de requête. Tous ceux conçus dans le cadre de projets divers présentaient, jusqu’en 2000, des interfaces différentes qui n’indiquaient pas le lien de parenté entre les ressources.

La création du Portail des TIC a permis de fédérer des informations provenant de l’ensemble de ces répertoires. La page d’accueil est renouvelée automatiquement chaque semaine pour afficher les nouveautés de la Bibliothèque virtuelle et de l’ISEF. Elle rappelle également des thèmes disciplinaires tirés du répertoire de requêtes. À ces informations s’ajoutent les grands titres du bulletin électronique hebdomadaire, du bulletin Clic et un rappel des ressources de l’ABC du multimédia. Tous les liens des sites et des bases de données sont vérifiés mensuellement par un système automatisé.

Le portail combine la technologie du tirer (pull), lorsque l’utilisateur prend l’initiative de la recherche d’information (requêtes dans les moteurs de recherche), et celle du pousser (push), où l’information lui est acheminée à l’aide d’une liste de distribution ou d’un fil RSS.

Une caractéristique importante d’un portail est de pouvoir distribuer l’information adaptée à plusieurs interfaces. Les informations du bulletin de nouvelles hebdomadaire sont ici disponibles sont forme de courriel, de page HTML, en version pour ordinateur de poche et en format XML compatible avec la norme RSS. Celle-ci permet d’afficher directement sur des sites d’établissement, en temps réel, l’information d'actualité au sujet des TIC.

Les trois répertoires peuvent également être interrogés directement à partir d’hyperliens. Par exemple, il est possible de placer, dans un site donné, un lien pour interroger en temps réel la Bibliothèque virtuelle des périodiques et d’afficher la liste des publications de géographie.

Le portail offre enfin un mégamoteur de recherche permettant d’effectuer simultanément une même requête dans l’ensemble des répertoires ainsi que dans le contenu indexé du portail lui-même et du bulletin Clic. Les trois meilleurs résultats dans chacune des sources sont alors affichés par ordre de pertinence.


Quelques limites à la gestion de connaissances

Nous avons vu que la majorité de l’information disponible est de forme tacite. Dans la Bibliothèque virtuelle et l’ISEF, on compte sur la transmission spontanée de la connaissance d’une ressource dans le but de la partager. Dans le répertoire de requête, on a extrait les connaissances tacites d’une quarantaine d’enseignants de cégep sur les thématiques associées à leur discipline. Bien qu’idéal, ce travail suppose l’intervention de beaucoup de ressources humaines pour ainsi formaliser des expériences individuelles et surtout, il ne permet de récupérer qu'une petite partie des connaissances tacites.

Dans plusieurs organisations, les échanges de connaissances tacites sont conditionnés par la hiérarchie en place. Par exemple, il est rare qu’un cadre partage avec un employé de soutien une information utile à l’établissement et vice versa. Dans ces conditions, les connaissances circulent difficilement.

Dans l’état actuel de la technologie, il est possible de répertorier uniquement des connaissances accessibles sous forme écrite. Il n’existe pas d’outil pour gérer les connaissances tacites.

Le dernier obstacle est le fait qu’il soit extrêmement difficile d’évaluer le retour sur investissement. En effet, comment déterminer la valeur du partage dans le réseau collégial d’une information sur un site de biologie? Sera-t-il consulté par les enseignants, utilisé par les étudiants, intégré dans la démarche d’un plan de cours? Quelles seront les retombées en termes de soutien aux apprentissages, à la réussite? Comment, dans ces conditions, faire valoir à la direction l'utilité d'établir une politique de gestion des connaissances? 

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015