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 Numéro 53, Mars 2004 
L'avenir des cégeps prévoit-il aussi l'avenir de l'intégration des TIC? Version Imprimable  Version imprimable
L'intégration stratégique et cohérente des TIC au collégial, mythe ou politique-fiction?

Luc Blain, Roger De Ladurantaye, Isabelle Gaudreault, Hélène Martineau, Hélène Tessier, Membres de l'exécutif de l'APOP

À la veille d’un forum portant (encore!) sur l’avenir des cégeps, comment peut-on imaginer que le postsecondaire puisse enfin bénéficier à cette occasion d’un véritable énoncé de politique sur les TIC en éducation? Depuis plus de dix ans déjà, le réseau et les instances chargées de réfléchir sur les principaux enjeux associés aux mandats éducatifs et pédagogiques des collèges reconnaissent la nécessité de se doter des outils stratégiques et décisionnels requis pour réaliser l’intégration pédagogique des technologies. Mais au printemps 2004, on se contentera de s’interroger de nouveau, pour la énième fois, sur le bien-fondé de la structure et des modalités d’organisation de cet ordre d’enseignement. Régulièrement, le réseau a pourtant pris connaissance des diverses recommandations concernant l’intégration des TIC tant dans l’enseignement (pré-universitaire et technique) que dans l’apprentissage.


C’est au cours l’année 2001 que le milieu collégial prend acte de l’intention du ministère de l’Éducation de donner suite à ces recommandations et de mettre de l’avant l’élaboration d’une politique d’intégration des TIC au collégial; cependant, cette idée ne prendra jamais forme. L’hypothèse d’un plan d’action en lieu et place d’une politique d’ensemble est toutefois évoquée pour l’année 2002; là encore, d’autres obstacles de diverse nature feront avorter le projet. L’année 2003 comportera aussi son lot d’imprévus; le changement de parti politique au pouvoir suppose une relecture et une réévaluation des besoins et des priorités du réseau... La Fédération des cégeps elle-même, dans son Plan de développement du réseau collégial public, présentera une vision très limitée de l’intégration des technologies plutôt qu’une réflexion en profondeur sur ses finalités et sa contribution au développement des compétences des élèves du collégial. Les signaux en provenance des instances politiques s’accumulent et donnent à penser que l’intégration des TIC constitue pour elles une dimension nécessaire de la formation et de l’apprentissage, mais dans le contexte circonscrit du souhaitable, en fonction d’un niveau de faisabilité ponctuel et très local. Dès lors, tant dans les collèges qu’au sein des divers organismes partenaires travaillant à l’intégration pédagogique des TIC, la perspective de pouvoir s’appuyer sur une stratégie globale et systémique ne mobilise plus personne.

Sur le terrain, la réalité est concomitante : les collèges ne disposent pas des ressources nécessaires au soutien technologique, humain et pédagogique des enseignants engagés dans une démarche d’intégration des TIC à des fins d’enseignement et d’apprentissage. Ils font déjà face à des changements importants dans leur pratique professionnelle : réforme et implantation de l’approche programme, définition des programmes par compétences, plan d’amélioration de la réussite, plan de développement stratégique, évaluation et élaboration de programme, adaptation des conditions de travail, responsabilités de gestion pédagogique accrues…

Toutes ces exigences conduisent diverses instances à se préoccuper et à s’inquiéter de la faisabilité des objectifs ciblés et des ressources réellement disponibles pour soutenir l’intégration pédagogique des TIC. Ainsi, on apprend que dans le cadre de la négociation qui s’amorce avec ses employés, le Comité patronal de négociation des collèges (CPNC) veut discuter de l’impact de l’intégration des TIC sur la profession. Quant au réseau, pour la période de l’hiver et du printemps 2004, il se voit attribuer des ressources financières ponctuelles non récurrentes dédiées à la formation, au perfectionnement et au soutien de certains chantiers collectifs. Cependant, nulle part à l’horizon, les collèges ne peuvent espérer compter sur des ressources humaines (conseillers pédagogiques TIC), techniques et financières en adéquation avec les besoins, susceptibles d’orienter et de soutenir localement les initiatives d’intégration des TIC tant dans l’enseignement que dans l’apprentissage.

 

Instances



Recommandations

1992

Conseil des collèges

Rapport sur l’état et les besoins de l’enseignement collégial
Donner la priorité au développement d’une culture scientifique et technologique chez l’élève du collégial.

1993-1994

Conseil supérieur de l’éducation (CSE)
Rapport annuel Les nouvelles technologies de l’information et de la communication : des engagements pressants
Inclure le recours aux technologies de l’information et de la communication dans la liste des besoins en éducation et assurer ce recours.

1999-2000

Conseil supérieur de l’éducation (CSE)
Rapport annuel Éducation et nouvelles technologies
Reconnaître la nécessité d’une intégration réussie des NTIC dans l’enseignement et l’apprentissage en s’appuyant sur les éléments suivants : un énoncé de politique sur les technologies nouvelles en éducation; un plan gouvernemental de développement de contenus multimédias en lien avec les curriculums et les programmes d’études québécois; une formation appropriée des enseignants à l’intégration des technologies dans leur pratique professionnelle; le financement de projets de recherche reliés à l’intégration des technologies en éducation.


Le réseau, à plusieurs niveaux d’intervention, milite pourtant activement et depuis plusieurs années déjà pour qu’une véritable politique (poliTIC!) d’intégration techno-pédagogique des TIC soit mise en place au postsecondaire. Plusieurs besoins font l’unanimité :

  • Exiger que les collèges se dotent d’un plan institutionnel de développement des TIC associé à chacun des programmes et que le personnel enseignant ait l’obligation de compétences technologiques et techno-pédagogiques; assurer l'évaluation des activités des collèges en lien avec la politique ainsi que la concertation et la collaboration entre les établissements, les organismes et les associations partenaires participant à l’intégration pédagogique des TIC.

  • Assurer la disponibilité de ressources professionnelles pour encadrer le personnel enseignant quant à l’intégration des TIC dans chacun des établissements; soutenir l’animation pédagogique du réseau collégial eu égard aux TIC et mettre en valeur les ressources du réseau en matière d'intégration des TIC.

  • Identifier les éléments sous-jacents à une culture informatique des élèves du collégial en lien avec les besoins de la société (compétences technologiques, compétences citoyennes…), s'assurer que les éléments de cette culture soient formellement intégrés dans les programmes d'études et associés à l’acquisition des compétences tant au secteur pré-universitaire que technique.

  • Mettre en place des mécanismes afin d’assurer l’arrimage avec le secondaire et les universités, en particulier sur le plan de la maîtrise des outils technologiques par les élèves, en s’assurant d’avoir des résultats clairs à la sortie de chaque ordre d'enseignement.

  • Assurer l’intégration des TIC dans les programmes d’étude en cohérence avec les exigences de l’ordre secondaire, des universités et du milieu de travail, en s’assurant d’avoir des résultats mesurables; prévoir l’arrimage entre chacun des ordres d’enseignement, en particulier sur le plan de la maîtrise des outils technologiques.

  • Favoriser le perfectionnement en lien avec la contribution pédagogique des technologies, avec les approches pédagogiques, avec la formation à distance, notamment pour la relève.

  • Mesurer et documenter l'apport des TIC comme support à la réussite scolaire, notamment dans le cadre du plan d'aide à la réussite du MEQ; favoriser le développement des lieux de réflexion, de recherche répondant aux besoins des collèges.

  • Assurer une veille techno-pédagogique et soutenir le développement de l’expertise en matière de production d’outils pédagogiques associés au contexte culturel québécois, francophone, nord-américain et occidental (didacticiels, plateformes pour l’intégration des ressources didactiques, objets d’apprentissage, cours virtuels, formation
    à distance, etc.).

Qu’adviendra-t-il donc de toutes ces nécessités objectives relevées par les différents acteurs du réseau? Combien d’autres forums, d’autres consultations ou d’autres formes de consensus faudra-t-il encore que le réseau « subisse » avant que nous ne nous engagions enfin dans des changements favorables à une intégration pédagogique cohérente et concertée des TIC au postsecondaire?

Sans doute la prochaine étape, annoncée pour d’ici peu, nous fournira-elle une « autre » réponse… à défaut de la « marchandise » elle-même!

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015