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 Numéro 55, Octobre 2004 
L'introduction des normes et standards au Cégep@distance Version Imprimable  Version imprimable


Alain Gervais, directeur adjoint et Philippe Poirier, analyste  (Cégep@distance)

Parce qu’elle entraîne une série de changements qui bouleversent à coup sûr les habitudes et les méthodes de travail, la décision d’entrer dans le merveilleux monde des normes et standards ne se prend pas à la légère. Au Cégep@distance, nous avons choisi ce virage. Voici la petite histoire de notre prise de décision…


Les motifs

En 2002, le Cégep@distance décidait de se lancer dans une ambitieuse transformation de sa façon de concevoir ses cours. Pourquoi? D’une part, parce que le processus de développement des cours prenait parfois jusqu'à trois ans; d’autre part, parce que le coût de développement et de production était très élevé, avec peu d’économies d’échelle. En fait, le processus était du type artisanal : chaque chargé de projets agissait comme concepteur pédagogique en plus de s’occuper de toutes les tâches reliées à la production et ce, à toutes les étapes. Il en résultait : 

  • un manque d’uniformité graphique (l’interface et la facture visuelle étaient réinventées d’un cours à un autre);

  • un manque d’uniformité technologique (certains favorisaient l’utilisation de Flash; d’autres, de Java script, Java, DHTML, etc.);

  • un manque d’uniformité de la structure et de l’ergonomie (les boutons de fonction et la navigation variaient constamment).


Au «tout à l’écran» succède aujourd’hui un concept ou chaque média est utilisé de façon maximale. Ainsi, pour éviter de faire lire à nos étudiants un texte de 500 pages à l’écran ou de visionner une vidéo à la dimension d’un timbre-poste, nous leur fournissons en version imprimée les textes longs et nous présentons les vidéos plein écran sur support DVD. Nous veillons par ailleurs à ce qu’ils passent le minimum de temps en ligne afin de ne pas leur occasionner des frais trop élevés.

La gestion de la qualité et la maintenance de nos productions étaient aussi problé-matiques. La portabilité de nos cours était rendue difficile du fait que nos contenus devaient être accessibles à l’ensemble du réseau collégial, mais étaient conçus pour être diffusés sur notre plateforme particulière. À ces défis s’ajoutait la nécessité d’une refonte de la quasi-totalité de nos 250 cours de façon à répondre aux exigences de la réforme de l’éducation introduisant la notion d’approche par compétences. Le ministère de l’Éducation ne nous allouant que deux ans pour compléter cette opération, il fallait procéder rapidement. Après mûres réflexions, nous avons convenu des objectifs suivants :

1) Réduire le temps de production

2) Réduire le coût de production

3) Systématiser le processus de médiatisation

4) Offrir une méthodologie et des outils de développement uniformes

5) Introduire un processus de travail collaboratif

6) Introduire un processus de création, de révision et de médiatisation des contenus par l’introduction de modèles et de feuilles de style

7) Assurer la portabilité de nos contenus vers d’autres plateformes

8) Mettre à niveau nos contenus selon des normes internationales

9) Permettre l’évolution de nos maquettes graphiques

10) Permettre l’adaptation de nos contenus selon différents besoins

11) Pouvoir réutiliser nos contenus dans divers contextes

12) Déposer nos objets d’apprentissage dans des banques communes (Careo, Édusource)


L’aspect pédagogique demeurait néanmoins au centre de nos préoccupations.


La procédure

Après des mois à analyser plusieurs outils, et compte tenu que nos ressources de soutien étaient limitées, nous voulions opter pour un seul système intégré. De plus, après une recherche exhaustive dans les banques d’objets d’apprentissage, nous avons constaté que la taille des objets variait énormément et que la plupart n’étaient pas correctement métabalisés. L’adoption de normes vise, en effet, la réutilisation et la granularisation des contenus. La métabalisation d’un site Web au complet n’est d’aucune utilité. De plus, les outils existants couvraient principalement la création de contenus par un individu autonome, et ils étaient axés davantage sur le support à l’enseignement que sur la conception de contenus par des équipes multidisciplinaires.

Nous avons donc opté pour un outil basé sur la gestion documentaire afin de pouvoir métabaliser chaque élément de contenu à toutes les étapes de sa création. Notre choix s’est arrêté sur Documentum, un outil d’une grande souplesse, entièrement paramétrable, permettant le développement de nouveaux modules qui puissent répondre adéquatement aux besoins de notre organisation.

Documentum nécessite par contre une formation poussée des différents intervenants, en plus de modifier considérablement les méthodes de travail. Le concept d’objets d’apprentissage exige l’adoption d’une orientation objets. Il s’agit là d’un énorme défi, car la production d’un cours constitue un exercice habituellement linéaire. L’approche objets demande une redéfinition complète de la façon de concevoir un cours.


Les facteurs de réussite

Pour réussir une telle implantation, il faut remplir certaines conditions. Parmi celles-ci, notons :

  • l’appui sans équivoque de la haute direction, essentiel si l’on veut maximiser ses chances de réussite;

  • des recherches et des analyses exhaustives des besoins;

  • un plan de projet clair et structuré;

  • une étude de coûts réaliste;

  • une documentation complète sur chacun des aspects du système;

  • de la communication, de la communication, de la communication;

  • de la formation, de la formation, de la formation, et encore de la formation (n’introduisez pas ce concept si les gens ne sont pas prêts);

  • l’engagement total de tous les intervenants au moment de l’implantation;

  • la modification radicale des méthodes de travail;

  • la réalisation de projets pilotes afin de sécuriser les usagers.

Les difficultés

  • La résistance au changement (il y en a toujours)

  • Le coût élevé au départ

  • L’assurance de l’engagement indéfectible
    de tous

  • Le maintien du cap

  • La nécessité de dresser un bilan périodique et d’ajuster l’outil

  • La complexité de l’architecture technologique

  • Les limites de la technologie



Ce que l’introduction des normes nous a permis de réussir

Au moment de la phase d’analyse, l’aspect interopérabilité se situait au centre de nos préoccupations. En effet, à quoi bon créer des contenus de cours qui ne pourront être utilisés hors de notre environnement? Heureusement, au cours des dernières années, plusieurs organismes tels que IMS, IEEE, SCORM et ISO ont proposé des normes réalistes qui pouvaient effectivement être appliquées concrètement. Nous avons introduit, lors de la conception de notre système, trois aspects des normes.

  • Les normes de gestion et de description des objets d’apprentissage (NORMETIQ, IEEE LOM et IMS Learning object)

  • Les normes de gestion des assemblages de cours (IMS et SCORM)

  • Les normes qui permettent aux objets d’apprentissage d’interagir avec l’environnement d’apprentissage (SCORM Run-Time environnement)


Grâce à ces normes, nous avons pu développer un modèle qui permet non seulement de créer des contenus, mais aussi d’en importer de différentes sources et de les diffuser sans pour autant les confiner à notre seul environnement. Les normes nous ont de plus ouvert la porte à une multitude de partenariats et de collabora-tions avec les milieux de l’enseignement sans pour autant avoir à débattre des aspects techniques.

De plus, la disponibilité de réseaux tels que celui de Edusource nous permet d’envisager un véritable partage des actifs pédagogiques pour le bénéfice des étudiants.


Après la technologie, la pédagogie

Une fois réglé le volet technique, il restait le volet pédagogique. Le plus facile était fait. Les concepteurs à qui l’on présentait ce nouvel outil demeuraient sceptiques.

Voici un aperçu de leurs questions et de leurs craintes :

  • Comment tracer la ligne entre technologie et pédagogie?

  • Est-ce que la pédagogie tire un quelconque bénéfice de ce concept?

  • Est-ce que cela simplifie ou non la conception d’un cours?

  • Comment se doter d’une pédagogie intégrée qui supporte un cours autoportant tout en ayant des objets indépendants et de taille raisonnable?

  • Quelle taille a l’objet d’apprentissage? Une goutte ou un océan?

  • Les normes limitent-elles les possibilités?

  • Comment conserver la créativité?

  • Comment construire un cours complet qui ne semble pas être un amalgame de blocs hétéroclites?

  • Comment atteindre les objectifs de la formation par compétences?

  • Comment savoir si les bénéfices sont au rendez-vous?

  • Peut-on vraiment réutiliser les contenus?


Comme vous le voyez, les questions étaient et restent nombreuses. Il n’existe malheu-reusement pas de normes qui expliquent comment concevoir les cours selon ces nouveaux concepts. Cependant, à mesure que nous avançons dans ce modèle de conception, nous raffinons notre définition de l’objet d’apprentissage. Un comité pédagogique se penche actuellement sur la manière d’utiliser ces objets, sur les différentes conditions d’utilisation, de même que sur leurs définitions.


Les perspectives

À la lumière d’une première année et demie d’implantation, nous estimons que les résultats voulus ont été atteints et nous comptons poursuivre dans cette voie. Bien que les défis restent encore nombreux, nous envisageons l’avenir avec enthousiasme. Nous continuerons à intégrer les nouvelles normes issues des différents groupes de travail tels que IMS simple sequencing, les API complexes, les travaux sur le vocabulaire, la gestion des banques communes, etc. Nous désirons également continuer à appliquer les normes de gestion d’actifs audiovisuels, comme le MPEG 7, à nos contenus audiovisuels afin de les repérer plus facilement.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015