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 Numéro 31, Novembre 1999 
Encadrement télématique, témoignage Version Imprimable  Version imprimable


Martine Chomienne  (CCFD)

Dans le cours Maths 103 du CCFD, Calcul différentiel et intégral 1 sur Internet, dont nous vous avons parlé à plusieurs reprises dans des numéros précédents du Clic (no 11, 19 et 29), l’encadrement des élèves est entièrement télématique. Cela veut dire que toutes les communications entre le tuteur et les élèves se font maintenant par le système d’offre des cours par Internet (SOCI), dont nous vous avons entretenu également dans un numéro précédent du Clic (no 27). Le SOCI comprend des fonctions de messagerie et de groupes de discussion qui permettent aux élèves de se connaître, de s’entraider et d’obtenir de la part de leur tuteur des informations et des explications supplémentaires, et ce, au moment où ils le souhaitent. De plus, Le SOCI permet de constituer des équipes de travail.

Dans les lignes qui suivent, nous vous livrons quelques commentaires recueillis auprès de la tutrice du cours. Cette personne a une grande expérience d’enseignement et d’encadrement de ce cours puisqu’elle l’a non seulement enseigné à plusieurs reprises dans un collège, mais qu’elle agit aussi depuis plusieurs années à titre d’auteure et de tutrice du cours du CCFD diffusé en version imprimée.


Les cours du CCFD sur Internet

Rappelons que les cours du CCFD dans Internet sont généralement bâtis autour d’un volume de base. Comme dans une classe avec un professeur, le matériel pédagogique dans Internet a pour but d’enrichir le volume, de compléter les explications du livre, de donner davantage d’exercices, de détailler leurs solutions, etc. Outre la présentation dynamique et interactive de certaines parties du contenu, le système offre à l’élève, à l’intérieur du site du cours, une messagerie interne et des groupes de discussion. L’élève peut ainsi communiquer avec tout autre participant au cours ainsi qu’avec son tuteur. Toutes les transactions entre ce dernier et les élèves s’effectuent par Internet. Précisons cependant que pour le cours Maths 103, étant donné la difficulté reliée à la notation mathématique, l’acheminement des devoirs se fait encore de façon traditionnelle, c’est-à-dire par la poste ; les devoirs sont écrits manuellement par l’élève et corrigés de même par la tutrice. C’est pourquoi, dans le témoignage de cette tutrice présenté ci-dessous, l’avantage habituellement relié à la rapidité d’acheminement des devoirs ne sera pas relevé.

Quelles sont les caractéristiques des outils principaux de communication pour l’encadrement, soit la messagerie et les groupes de discussion?

La messagerie à l’intérieur du SOCI fonctionne comme un courrier électronique habituel; l’élève peut s’adresser individuellement à son tuteur ou à tout autre élève inscrit au cours. Par rapport à un système de courriel habituel cependant, la messagerie du SOCI a l’avantage de permettre à l’expéditeur (notamment le tuteur) de vérifier si les messages qu’ils a envoyés ont été lus et de connaître la date et l’heure de la lecture par le destinataire. La messagerie du SOCI a pour rôle également de circonscrire les messages à ceux qui concernent le cours; ainsi, les messages du tuteur ont moins de risque d’être noyés dans la masse de messages que certains élèves peuvent recevoir à leur adresse Internet.

Les groupes de discussion sont gérés par les tuteurs. Ils sont créés, modifiés, supprimés, remplacés et « actualisés » par eux. En Maths 103, il y a quatre groupes, chacun ayant une fonction particulière. Deux (Café étudiant et Forum présentation) ont une fonction sociale ; ils visent à créer chez les élèves un sentiment d’appartenance ; ils se révèlent particulièrement importants lorsqu’on demande aux étudiants de constituer des équipes pour certaines activités qu’ils réaliseront à deux ou à trois. Le Forum pédagogique, comme son nom l’indique, est celui dans lequel les élèves posent des questions concernant la matière et le Forum technique est dédié aux questions techniques.

Terminons cette brève description des outils en précisant que les étudiants interviennent librement dans le Café étudiant ; par contre, c’est à l’invitation du tuteur qu’ils le font dans le Forum présentation, au fur et à mesure qu’ils s’inscrivent au cours.

Au moment où nous avons recueilli les commentaires de la tutrice, une quarantaine d’élèves étaient inscrits. L’expérience dure depuis presque six mois.


Les facteurs ayant incité la tutrice à tenter l’expérience du tutorat télématique

Nous avons essayé de dégager certains facteurs ayant incité la tutrice à tenter l’expérience de tutorat télématique. Ses propos laissent voir qu’elle ne souhaitait pas être professionnellement marginalisée, voire exclue à la suite de l’utilisation des nouvelles technologies d’encadrement des élèves.

    «Je le voyais comme une décision d’affaires dans le sens que le produit évoluait et que si je ne m’y adaptais pas, ça voulait dire à moyen terme de perdre le tutorat au CCFD. Et comme ça m’intéresse de conserver ça, ça a été une motivation importante.»

Elle souhaitait également se classer parmi les innovateurs, satisfaire sa curiosité d’enseignante à l’égard des possibilités offertes par le nouveau média, et juger des possibilités des outils télématiques à rompre l’isolement dans lequel elle percevait l’apprenant dans les cours par correspondance.

    «Comme je suis aussi tutrice pour le même cours imprimé, je sentais mes étudiants isolés, non motivés et je croyais qu‘avec Internet, ça pouvait leur apporter beaucoup du point de vue de la motivation et de l’isolement. C’était pour enlever cet isolement que vivent les étudiants en formation à distance.»


Les avantages

La tutrice mentionne comme avantages la rapidité des communications avec les élèves, la disponibilité du tuteur pour l’apprenant et la souplesse de la formule.

    «C’est rapide. Les étudiants nous envoient le courrier et ils sont surpris que tout aille si vite. Ils nous disent qu’ils sont étonnés parce qu’on répond vite.»

    «Contrairement au téléphone, l’étudiant n’a pas à attendre son tour.»

    «Pour moi, point de vue présence, c’est moins exigeant. Parce que ça fait des années que je dois être chez moi entre 6 h 30 et 8 h 30, deux fois par semaine, et ça, je trouve ça exigeant ! Tandis que là, tous les jours, je dirais en fait cinq jours par semaine et les fins de semaine aussi, j’ouvre mon courrier et j’aime mieux ça. Pour moi, c’est moins exigeant d’ouvrir mon courrier pratiquement tous les jours. Ça m’amuse de répondre aux questions et je peux choisir le moment qui me convient. Comme pendant mes vacances en Californie où j’ai passé deux semaines cet hiver, j’ouvrais pratiquement mon courrier tous les jours.»

Aux yeux de la tutrice, non seulement le tutorat télématique dépasse le tutorat dans les cours imprimés à plusieurs égards, mais il rivalise même avec l’enseignement en classe. La connaissance des étudiants est meilleure :

    «Avec Internet, c’est plus personnel, c’est plus fort parce que je leur parle individuellement. Sur le plan relationnel, c’est plus fort.»

    «C’est comme communiquer par lettre. C’est plus personnel. L’étudiant me parle et je suis seule avec lui. J’ai tout de suite besoin de lui répondre.»

    «Sur Internet, ça ressemble plus à du travail de prof qu’à du tutorat. Le contact avec l’étudiant devient essentiel. Je me sens plus prof lorsque je suis sur Internet à cause des questions qui peuvent être plus fréquentes et à cause du sens de l’initiative qu’on doit démontrer. (...). Dans le cours papier-crayon, c’est plus robotisé. On fait essentiellement un travail de correcteur. Parfois on utilise notre jugement mais beaucoup moins souvent. On a comme moins de marge de manœuvre. Notre initiative est plus sollicitée avec un cours dans Internet. Ça ressemble à en classe. Les contacts sont fréquents en classe. Je connais tous mes étudiants à cause de la nature des travaux. Souvent, ils ont à s’exprimer sur des choses qu’ils vivent eux-mêmes. Alors ça crée un contact qu’on retrouve aussi avec Internet, mais pas par tutorat téléphonique.»

De plus, la tutrice constate une activité accrue des étudiants ainsi qu’une meilleure qualité des questions qu’ils posent.

    «L’activité des étudiants est à peu près pareille sur Internet qu’en classe. Dans une classe, les étudiants vraiment actifs représentent environ 20 p. cent et les autres sont passifs. C’est à peu près ce que je calcule avec Internet. Et (lorsqu’il s’agit d’un cours à distance) au niveau de l’imprimé, la participation des étudiants est nulle.»

    «Je trouve que les questions sont plus réfléchies qu’au téléphone parce que les élèves les écrivent.»

La possibilité qu’offrent les forums de rejoindre plusieurs étudiants à la fois est aussi un avantage relevé par la tutrice.

    «J’ai beaucoup apprécié de pouvoir communiquer avec plusieurs étudiants en même temps. Quand tu donnes une réponse, c’est tous les étudiants qui en bénéficient , comme en classe. Alors quand tu donnes la réponse, elle ne revient plus, tandis qu’avec l’imprimé, tu as plusieurs fois la même question. Tu économises donc du temps et c’est plus valorisant, surtout que souvent, l’étudiant revient par messagerie et il te dit qu’il est content, il te remercie pour la réponse, pour le résumé. J’aurais jamais ça sur l’imprimé.»


Les désavantages

Bien sûr, il y a l’envers de la médaille et la tutrice s’est aussi exprimée là-dessus.

Le tutorat télématique est exigeant. Cette exigence est surtout attribuée au plus long temps d’encadrement requis du fait de la disponibilité en permanence des outils de communication, qui donne l’impression d’une sollicitation constante du tuteur. Cependant, bien souvent, la réponse peut être courte; elle peut aussi être en quelque sorte automatisée, par exemple par la préparation d’un ensemble de messages types qu’il suffit d’envoyer.

    «Au niveau du temps d’encadrement, ça m’a pris plus de temps que pour le cours imprimé mais ça fait seulement six mois que je fais ça. Peut-être que je vais trouver d’autres trucs pour économiser du temps.»

    «Par tête, c’est sûr que je mets plus de temps sur Internet. Parce que je les encadre plus comme dans une classe, c’est plus personnel, j’ai la possibilité de le faire. En imprimé, je donne uniquement du temps aux étudiants actifs. Même si j’ai 40 étudiants avec Internet et 150 en imprimé, j’ai l’impression que je donne plus par tête à ceux sur Internet. En imprimé, plusieurs étudiants ne posent pas de questions et ne font pas les devoirs et je ne m’en occupe pas. Tandis que ce n’est pas le cas en classe ou sur Internet.»

    «Le cours est plus présent mentalement. Ça fait aussi partie de la perception du temps. Je trouve le cours présent tout le temps comparativement au cours papier-crayon où je sais que le vendredi, c’est fini.»

Par ailleurs, la difficulté à assurer le suivi des étudiants qui ne prennent pas leurs messages est fréquemment mentionnée comme un désavantage majeur du tutorat électronique.

    «La frustration dans Internet comme en classe concerne les étudiants passifs qui ici ne prennent pas leurs messages. J’ai beaucoup de frustration quand ça fait trois semaines que j’ai envoyé un message à un étudiant et que je constate qu’il ne l’a pas encore lu. Là, j’aimerais bien savoir ce qui se passe et appeler l’étudiant.»


Et les élèves, que disent-ils?

Les élèves aussi s’expriment sur le tutorat télématique et nous avons réservé pour la fin ce message écrit par une étudiante après qu’elle a réussi l’examen final.

    «Je voudrais profiter de l'occasion pour remercier Mme X (la tutrice). Merci pour votre implication, votre motivation, la rapidité avec laquelle vous corrigez les devoirs et surtout pour ce petit quelque chose que l'on ressent, un lien, une chaleur, un sentiment d'appartenance. C'est quand même particulier de réussir cela par l'entremise d'un réseau d'ordinateurs. (J'ai une copine qui a fait le cours sans Internet. Ses rapports de vive voix avec son tuteur étaient moins chaleureux que nos rapports virtuels). Étonnant!!!!!»

    «J'ai bien aimé le principe avec Internet. C'était beaucoup moins monotone que de travailler exclusivement avec un livre. De plus, la matière dans Internet était tellement plus simple et claire à comprendre... Quand j'ai commencé mon cours dans Internet et que j'ai réalisé qu'il était impossible d'envoyer mes devoirs par E-mail, j'ai regretté d'avoir choisi le cours dans Internet. Mais aujourd'hui, c'est complètement l'inverse. J'ai adoré l'expérience. J'avais hâte à tous les jours d'aller voir ce qui se passait dans les forums. On se sent tellement moins seul! Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seconde. Par contre, je ne suis toujours pas une grande aventurière sur Internet. Mais c'est tout de même un début!»

Conclusion

Si les résultats tels que nous les avons présentés sont encore anecdotiques, il n’en reste pas moins que certaines tendances se dégagent. Tant du point de vue des élèves que des tuteurs, l’encadrement télématique est motivant. Le sentiment d’isolement diminue ; quand on connaît l’importance du groupe chez les jeunes et le rôle des pairs dans l’apprentissage, on comprend que nous avions visé juste en misant sur les possibilités de communication offertes par ce média.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015