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 Numéro 57, Mars 2005 
Une expérience inédite Version Imprimable  Version imprimable


Nicole Paule Tremblay
Membre de l'équipe Animaweb


À l'automne dernier, on me confiait le mandat d'évaluer le Projet expérimental d'intégration des TIC à l'enseignement et à l'apprentissage dans les programmes Sciences humaines et Tech-niques de comptabilité et de gestion. Ce projet, lancé par le ministère de l'Éducation, s'est déroulé de l'automne 2002 au printemps 2004 et a rejoint l'ensemble des collèges publics et privés subventionnés.

Des investissements importants en matériel ont été faits à la fin des années 1990 et bon nombre d'enseignantes et d'enseignants utilisaient déjà l'ordinateur à des fins de gestion et d'encadrement pédagogiques. Cependant, l'utilisation des TIC comme soutien à l'apprentissage était encore, au début des années 2000, l'affaire d'une minorité, au moment où les élèves admis au collège étaient de plus en plus familiers avec l'utilisation de l'informatique. Le Projet expérimental voulait contribuer au développement de pratiques pédagogiques intégrant les TIC. Il avait comme objectif d'offrir des services concertés au personnel enseignant de deux programmes en implantation, afin de favoriser l'intégration des TIC aux activités d'apprentissage et aux pratiques pédagogiques et de susciter la création de réseaux d'échange par l'utilisation des technologies.

Le rapport d'évaluation sera publié sous peu (si ce n'est déjà fait). Mon propos n'est donc pas de présenter les résultats de l'évaluation, mais plutôt de mettre en évidence certains aspects et cons-tats particulièrement intéressants tirés de cette expérience inédite, dans sa forme et dans sa portée.


Les programmes ciblés

Retenir comme public cible le personnel enseignant de deux programmes largement répandus, c'était intéressant, mais choisir deux programmes en phase d'implantation, c'était tout au moins hasardeux! Aux prises avec une première expérience d'élaboration de la partie locale d'un programme par compétences, le personnel enseignant était invité à réfléchir en même temps à la place que devraient prendre les TIC dans l'enseignement et l'apprentissage. En Techniques de comptabilité et de gestion, quelques compétences directement en lien avec l'utilisation de l'informatique ont orienté le travail, mais en Sciences humaines, seul un but du programme pouvait servir de guide.

Si tout étudiant du collégial devait, au terme de sa formation, avoir développé des compétences en utilisation de la micro-informatique, ne serait-il pas important que ces compétences soient clairement énoncées et adaptées au programme poursuivi? C'est du moins ce que pensent plusieurs enseignants qui ont participé à l'évaluation du projet et qui considèrent que leur travail serait ainsi grandement facilité.

Par ailleurs, le personnel enseignant reconnaît que l'utilisation des TIC peut amener des changements suffisamment importants pour qu'il faille les prendre en considération dès la conception locale du programme et non une fois le programme en marche. Mais, entre concevoir la place des TIC dans le programme et développer le matériel pédagogique nécessaire, il y a un monde! Et le principal obstacle, c'est le temps. Les enseignants demandent du temps pour apprendre, pour se perfectionner, pour expérimenter, pour développer du matériel. Au besoin de temps, ils ajoutent le besoin de soutien pédagogique et technique et, pour le personnel du programme Sciences humaines, du matériel informatique plus performant.


Un modèle de fonctionnement original

Une des caractéristiques du projet a été son modèle de fonctionnement. Le défi était de taille : rejoindre la clientèle dans l'ensemble des collèges, sur un vaste territoire, tout en respectant l'autonomie des établissements. D'un côté, le modèle devait permettre une intervention directe auprès du personnel enseignant et d'un autre, il devait aussi assurer le partage entre collègues de différents établissements et créer des collaborations.

Pour faire le pont entre les responsables du projet et le personnel enseignant, la Direction des études de chaque collège a désigné une personne responsable du dossier. Le réseau des répondantes et des répondants TIC a ainsi été formé. Si quelques-uns d'entre eux avaient déjà développé un certain niveau de maîtrise de l'utilisation des TIC, d'autres étaient au stade de l'appropriation. Par contre, la grande majorité des répondants étaient des conseillers pédagogiques qui possédaient une expérience fort appréciable en matière de perfectionnement, d'intervention pédagogique et d'élaboration de programme.

Ce réseau a été la plaque tournante, un lieu de diffusion de l'information, un lieu de concertation et de développement de synergie. Les répondantes et répondants TIC y ont reçu de l'information, se sont outillés et sont devenus à leur tour, dans leur collège, des personnes-ressources. Sa mise en place rappelle celle du réseau des répondants locaux de Performa. Un groupe de personnes d'origines diverses, qu'un mandat commun réunit, et qui veulent profiter de l'expérience et de l'expertise de chacun pour développer leur expertise collective, leur efficacité à répondre aux besoins.

Un autre des aspects intéressants du fonctionnement du projet, c'est le pont établi entre les collèges et les représentants des divers organismes soutenus par le Ministère, qui, d'une façon ou d'une autre, interviennent dans le développement des TIC. Leur présence aux réunions générales a permis la création de liens avec les répondants TIC, a facilité le partage d'informations sur les besoins des enseignants comme sur les produits et les services disponibles. Plusieurs de ces organismes ont aussi offert, dans différents collèges, des activités de présentation de produits, de démonstration et de perfectionnement.

Les répondants TIC ont aussi choisi de travailler à des dossiers qui constituent un cadre de réfé-rence, une base de travail pour mener à bien l'intégration des TIC en enseignement collégial. Parmi ces dossiers, mentionnons l'élaboration, pour chaque programme, d'un profil de sortie des élèves au regard de l'intégration des TIC. D'autres équipes ont quant à elles travaillé à l'élaboration d'un profil de compétences TIC à développer par le personnel enseignant et à la définition du rôle du conseiller pédagogique TIC. Une autre équipe a aussi élaboré un modèle de planification de l'intégration des TIC dans les collèges. Les résultats de ces travaux doivent faire l'objet d'une large diffusion.

Si les répondants TIC ont travaillé à ce niveau collectif de réflexion, ils ont aussi conduit des travaux localement, en particulier l'organisation d'activités de perfectionnement et le soutien pédagogique offert au personnel enseignant. Dans plusieurs collèges, le répondant TIC a contribué à l'élaboration du plan de développement TIC dans l'établissement. D'autres ont même collaboré à des projets de recherche ou de développement de matériel didactique. De plus, dans bien des collèges, les activités proposées, celles du perfectionnement entre autres, ont rejoint l'ensemble du personnel enseignant.

On peut dire que le mode de fonctionnement choisi par les responsables a permis, avec la création du réseau des répondants TIC, la construction d'une solide base d'intervention collective. Cette structure favorise la cohérence, permet le développement d'un langage commun et contribue à ce que le développement des TIC en enseignement collégial se fasse de façon concertée, dans une perspective pédagogique. Ceux et celles qui ont participé au projet vont jusqu'à dire qu'on a assisté à l'émergence d'une communauté de pratique, encore embryonnaire, mais porteuse de potentiel. Et dire que tous les collèges publics et privés subventionnés ont été invités à participer au Projet expérimental. Rares sont les projets qui peuvent rejoindre une clientèle aussi large et aussi dispersée!


Les résultats

Il est très difficile d'évaluer les résultats du projet. Non pas qu'il n'y en a pas! La difficulté vient du fait que le projet est une des mesures ministérielles mises en place pour faciliter l'intégration des TIC au collégial et que les résultats observés dans les collèges sont dus à l'effet combiné de toutes ces mesures. De plus, les effets se manifesteront à plus long terme, la première étape étant surtout axée sur l'appropriation et le perfectionnement. Ajoutons que le niveau de familiarisation du personnel enseignant n'était pas, au départ, le même dans tous les collèges et qu'on ne dispose pas d'information permettant de faire un portrait « avant » et « après ».

Cela étant dit, on constate que les activités du projet, de même que les autres mesures ministérielles, ont rejoint un grand nombre d'enseignants des deux programmes ciblés et, dans beaucoup de collèges, le personnel enseignant de l'ensemble des programmes. Les données recueillies lors de l'évaluation démontrent qu'il y a eu dans presque tous les collèges des activités d'information, de conseil, d'animation, de formation et de perfectionnement.

Certaines personnes ont aussi mentionné le développement de cours virtuels, l'octroi de subventions au personnel enseignant pour l'établissement de liens Internet et la création d'un comité TIC à l'intérieur de l'établissement. L'accessibilité aux appareils et la disponibilité des logiciels sont une réalité pour la grande majorité du personnel enseignant des programmes ciblés. Par contre, si l'élaboration de matériel didactique est amorcée dans certains collèges, il semble que le développement de la recherche sur les TIC soit encore au stade préliminaire.

En Techniques de comptabilité et de gestion, la présence de compétences spécifiques faisant appel à l'utilisation de l'informatique a fait en sorte que bon nombre des cours intègrent l'ordinateur comme outil de travail. En Sciences humaines, plusieurs groupes d'enseignants ont développé des activités, intégrées aux cours ou dans le travail personnel de l'élève, qui visent le développement d'habiletés à utiliser les TIC. Dans un collège, on spécifie l'insertion d'habiletés reliées au TIC dans le profil de sortie et dans l'épreuve synthèse de programme.

Pour obtenir un portrait plus précis de l'utilisation des TIC dans les programmes, on a demandé aux responsables des programmes ou aux coordonnateurs des départements de Sciences Humaines et de Techniques de comptabilité et de gestion ainsi qu'aux répondants TIC, de donner leur perception des usages faits des TIC selon les catégories suivantes : les activités de production et de gestion pédagogique, les activités de diffusion multimédia et les activités d'apprentissage interactif. Les réponses obtenues démontrent que les activités de « production et de gestion pédagogique » sont largement répandues dans tous les collèges (rédaction de notes de cours, utilisation de courriels, consultation de sources documentaires, gestion, travaux d'élèves sur traitement de texte ou chiffrier). Dans la catégorie « diffusion multimédia », on note que la présentation multimédia dans une classe ou un laboratoire et l'utilisation de Power Point sont les plus répandues. Au regard des activités « d'apprentissage interactif », la pratique la plus répandue est la recherche et l'analyse d'informations par les élèves au regard d'une problématique donnée. Les autres activités de cette catégorie, comme le tutorat, l'utilisation de forums, les activités de résolution de problème et l'utilisation de logiciels de simulation, sont développées par une minorité d'enseignantes et d'enseignants.


Et la suite…

Deux ans, ce n'était pas beaucoup pour donner au personnel des deux programmes ciblés, un élan qui assure que l'implantation des TIC en enseignement et en apprentissage soit un acquis durable qui ne demande qu'à se développer. L'impression qui se dégage est qu'on a réalisé, au cours de ces deux années, la mise en place nécessaire au développement d'un virage assez important dans les pratiques en matière d'enseignement et d'apprentissage. Et il y a un lien à faire entre ce virage et celui demandé par l'application des programmes par compétences. Le point qui relie ces deux éléments est la nécessité de placer l'étudiant dans des situations d'apprentissage dans lesquelles il est actif, est en mesure de s'engager, peut évaluer son cheminement et démontrer la compétence qu'il a développée. En ce sens, les TIC deviennent non pas une fin en soi, mais un moyen efficace pour aider l'élève à atteindre les objectifs de la formation. La démonstration de ce lien est toujours à faire, car il y a encore, pour une partie du personnel enseignant, des réserves importantes quant à la pertinence des TIC. L'investissement que leur utilisation demande pour se perfectionner et pour produire de même que les conditions nécessaires à une utilisation efficace rendent plusieurs enseignants hésitants. L'accessibilité au support pédagogique et technique devient une nécessité.

La mise sur pied du réseau des répondants TIC s'est révélé un moyen adéquat et intéressant par la concertation qu'il a permise et par la dynamique qu'il a créée. Cependant, ce réseau a pu prendre forme parce que des personnes l'ont animé, l'ont alimenté. La mobilité du personnel qui le compose, l'hétérogénéité de préparation des répondants à assumer leur mandat, l'intérêt manifesté par les répondants militent en faveur du maintien du réseau et de sa consolidation. Bref, ce projet laissera sa marque, par son aspect novateur sans doute, mais aussi par l'importance des jalons qu'il a posés.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015