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 Numéro 58, Mai 2005 
Le virage plurimédia du Cégep@distance Version Imprimable  Version imprimable


Chantal Bénit
Responsable de la médiatisation au Cégep@distance
Avec la collaboration de Chantal Paquin, conceptrice pédagogique multimédia


L'entreprise d’un virage plurimédia s’inscrit tout naturellement dans les grandes préoccupations du Cégep@distance. En effet, ce nouveau mode de production fournit des moyens plus performants pour l’application de l’approche par compétences et tient compte de la transférabilité des objets d’apprentissage.

La plupart des éléments dépeints dans le présent article sont bien connus en formation à distance. Nous n’inventons rien; nous soumettons simplement différents points de vue issus :

  • de notre expérience en production de plusieurs centaines d’heures de cours;
  • des fruits d’une analyse informelle de quelques cours plurimédias produits par divers établissements autres que le nôtre;
  • des premières constatations émanant de notre propre chantier de production, lequel permet évidemment la mise en œuvre de ce virage plurimédia avec ce qu’il comporte d’obstacles, de pièges, d’avantages, de défis, et surtout, de solutions…


1. Vous avez dit plurimédia?

Comme il fallait s’y attendre, le terme plurimédia se définit de plusieurs manières. Comme il fallait également s’y attendre, nous avons concocté notre propre définition!

L’approche plurimédia consiste à intégrer différentes composantes, qu’elles soient sous forme d’imprimé, de capsule d’auto-apprentissage en ligne, d’interaction télématique, etc., pour constituer un cours dynamique où chaque média est utilisé en fonction de ses avantages intrinsèques. En d’autres mots, il s’agit de se servir de différents supports de diffusion afin de produire des activités d’apprentissage signifiantes, planifiées pour maximiser le développement de compétences.

Le choix des composantes médiatiques est dicté par les compétences à développer, la teneur des contenus et les stratégies pédagogiques choisies. Quant à la démarche d’apprentissage proposée, elle repose principalement sur le recours à un support maître, imprimé ou en ligne, qui orientera l’élève vers les éléments satellites.


Modèle de cours plurimédia


Attention : Selon les cours, il n’est pas obligatoire d’utiliser toutes les composantes.


L’imprimé
Que ce soit sous forme de cahier d’apprentissage, de recueil de textes ou de manuel de base, l’imprimé fournit tous les éléments impliquant une lecture soutenue et un effort cognitif exigeant. En plus d’être réservé à l’apprentissage de concepts et de principes, il sert aussi à l’appropriation des contenus plus abstraits exigeant un haut niveau de conceptualisation. Bien que le média imprimé reste une composante importante dans l’approche plurimédia, elle n’est plus la seule utilisée.

L’utilisation de logiciels
Selon la nature du cours et les compétences à développer, l’approche plurimédia permet l’utilisation de logiciels ou d’utilitaires informatiques accessibles à partir de la plateforme de diffusion. L’apport d’outils logiciels, par exemple un tableur pour présenter une écriture comptable dans un cours de comptabilité, favorise le réinvestissement immédiat des notions acquises.

La consultation de sites Web et autres documents
(PDF, vidéo, etc.)

La consultation de sites Web (ou autres) constitue une ressource importante facilitant l’obtention de renseignements tels que des données mises à jour régulièrement et des informations ponctuelles nécessaires à la maîtrise de concepts ou de principes. Ces consultations permettent d’actualiser les informations ou d’offrir du matériel d’appoint.

Les capsules d’auto-apprentissage en ligne
Dans l’approche plurimédia, les capsules d’auto-apprentissage en ligne permettent la combinaison judicieuse des divers objets médiatiques (illustrations, photos, animations, narrations, etc.). Ainsi, l’ajout du son à des animations ou de la vidéo à des exercices suscite l’émergence d’une interactivité propice à l’auto-apprentissage.

Pour le moment, les capsules d’auto-apprentissage en ligne du Cégep@distance sont conçues pour permettre à l’élève de s’investir dans des activités principalement composées de présentations de contenu dynamiques et d’exercices avec des rétroactions appropriées, lesquelles offrent un soutien stimulant à l’apprentissage.

L’interaction télématique
L’approche serait incomplète sans la mise en place d’outils de communication. Par exemple, les forums de discussion permettent de rétablir la proximité de l’étudiant avec ses pairs et son tuteur. Ce partage des connaissances, des expériences et des compétences vise à soutenir la motivation et à favoriser le transfert de l’apprentissage.


2. Les pièges à éviter

Nos cours pourraient-ils n’avoir de plurimédia que le nom? Si la théorie semble aussi simple à concevoir, pourquoi est-elle si difficile à appliquer?

Voilà les pièges dans lesquels sont malheureusement tombés quelques-uns des cours plurimédias soumis à notre analyse qui, reprécisons-le, est non exhaustive. En revanche, et heureusement pour nous, ce constat a permis d’entreprendre la rédaction d’une grille qui, une fois étoffée, servira à contrôler la production de nos propres cours.

Média utilisé Éléments à surveiller
L’imprimé
  • Les schémas, les tableaux, les représentations graphiques sont à favoriser.
  • Certaines règles de lisibilité et d’organisation de contenu doivent être respectées, soit, entre autres, la division en titres, sous-titres, sections, modules et leçons.
  • Les textes alourdis par une quantité de renseignements non pertinents sont à éviter.
L’auto-
apprentissage en ligne
  • L’usage de la vidéo doit être efficace et justifié dans le contexte des activités d’apprentissage.
  • Des extraits vidéo très lourds ou demandant un temps de téléchargement trop long irritent les élèves.
  • Les photos et illustrations ont une fonction pédagogique et le message qu’elles véhiculent doit être univoque.
  • En plus d’avoir une fonction pédagogique évidente, les photos et illustrations doivent être de qualité. (Cette remarque vaut aussi pour l’imprimé.)
  • L’utilisation de l’audio couplé au support visuel contribue :
    • à humaniser une explication (expression, intonation, rythme, etc.);
    • à expliquer plus facilement des abstractions.
  • La mauvaise qualité d’une prise de son ou la trop grande compression des fichiers audio sont des irritants majeurs qui perturbent l’apprentissage.
  • Une interface uniforme et une métaphore adéquate facilitent l’accessibilité de l’élève aux activités d’apprentissage. Au contraire, une interface surchargée et non cohérente exige un effort cognitif supplémentaire déplaçant l’effort d’apprentissage vers la maîtrise de l’environnement.
  • Une navigation intuitive et pratique supportée par une iconographie fonctionnelle permet la structuration du contenu et la clarté des liens. L’abondance d’icônes dont la symbolisation n’est pas dans l’usage nuit à la concentration et à l’effort cognitif.
  • Les animations efficaces doivent expliquer le contenu. Cela semble évident? Pourtant, combien de fois voyons-nous de superbes animations non liées au contenu. Résultat : des interférences supplémentaires dans le processus d’apprentissage.
  • Les rétroactions raffinent la communication et favorisent l’apprentissage. Les rétroactions mécanisées qui n’offrent aucun renforcement positif sont à proscrire.
  • Les simulations offrent un environnement d’apprentissage expérientiel et dynamique. Elles doivent permettre à l’élève de développer des compétences.
Les interactions télématiques
  • Les forums doivent offrir une hiérarchisation des contenus facilitant la recherche d’informations.
  • Des activités d’apprentissage reliées aux forums doivent être planifiées dans la conception du cours et intégrées au cheminement de l’élève.


3. Les défis prioritaires

Les enjeux que soulève la formation à distance sont déjà très nombreux. Si le plurimédia ne minimise pas les difficultés de production, il nous oblige par contre à prévoir des solutions.

Un processus clair et bien appliqué est un gage de réussite. De la conception à la diffusion en passant par l’édition, la médiatisation et l’assemblage, toutes les étapes du processus sont touchées.

Étapes de production

Voici, en bref, les défis prioritaires de certaines de ces étapes. Attention, partout la rigueur est de mise!


3.1 Défis pour la conception pédagogique

L’élaboration du devis pédagogique
Évidemment, l’étape de conception pédagogique est au cœur du développement du cours. Parmi ses sous-étapes, l’élaboration du devis pédagogique ainsi que la réalisation du prototype sont cruciales.

Le devis pédagogique s’inscrit dans une démarche de réingénierie visant à adapter un contenu à la formation à distance. On y établit, entre autres, les éléments tels la durée, les objectifs, les activités d’apprentissage et d’évaluation, la structure du cours, les stratégies pédagogiques, les ressources matérielles existantes (manuel de base, site Internet, cédérom, vidéo, etc.) et les compétences à développer.

Afin de maximiser toutes les étapes de la production plurimédia, ajoutons à cette tâche déjà complexe la définition des orientations graphiques, médiatiques et techniques. Le devis pédagogique doit se soucier des choix médiatiques. Encore une fois, l’expérience démontre que les points négligés en début de processus deviennent, en cours de production, d’insurmontables grugeurs de temps.

La réalisation du prototype
Le prototype consiste à développer entièrement le premier élément d’un cours en suivant rigoureusement toutes les étapes et sous-étapes de production.

Il permet de vérifier si les éléments avancés dans le devis sont réalisables. Il sert aussi :

  • à apporter des ajustements sur la production du cours en général;
  • à proposer un diagnostic linguistique;
  • à préciser les éléments graphiques, médiatiques et techniques;
  • à accentuer la présence essentielle d’un professeur, d’un guide ou d’un coach dans le matériel;
  • à limiter la quantité de contenu et d’activités. Dans la transformation d’un contenu en cours à distance, l’auteur a souvent, et involontairement, tendance à couvrir toute la matière liée à sa discipline, même celle qu’il n’aurait pas le temps de présenter en classe. En multipliant considérablement l’envergure du cours à distance, on risque non seulement de rendre le plurimédia irréalisable, mais aussi de pénaliser les élèves.


3.2 Défis pour la médiatisation

L’importance de la normalisation
Il est évident que la production d’un cours plurimédia exige qu’on y consacre beaucoup de temps. L’expérience confirme que pour réduire le temps de production, nous devons établir des normes de production graphiques, médiatiques et technologiques transférables d’une équipe de production à une autre ainsi que des outils et des gabarits réutilisables d’un projet à un autre (idéalement dans un même programme). Voici, entre autres, les éléments qui devront être normalisés :

  • L’interface graphique, les icônes, les éléments de mise en page, etc.
  • Le style des images (photo, illustration réaliste, bande dessinée, caricature, etc.).
  • Des gabarits de pages et d’exercices multimédias interactifs afin de constituer un éventuel catalogue.
  • Des gabarits de mise en page.
  • Une banque de photos et d’illustrations.

La navigation entre les composantes
Certains élèves moins portés vers la technologie et plus enclins à se retrouver dans une masse de papiers risquent d’être désorientés. Il importe donc de vérifier la qualité des éléments de navigation du document maître aux documents satellites.

Les mises à jour
S’assurer que la multiplication des médias ne rend pas les mises à jour trop fastidieuses en matière de coûts et de temps.

Les modifications en cours de production
Pendant la production, l’auteur prend fréquemment des décisions relatives au contenu. Évidemment, le fait de remettre en cause des éléments déjà approuvés et de demander des modifications risque de compromettre le bon déroulement de la production. Nous pouvons amenuiser ce risque en étant très explicites quant aux contraintes de production et en mettant en place des mécanismes d’approbation souples mais efficaces.

La coordination d’une équipe pluridisciplinaire
La coordination et l’encadrement des équipes sont des facteurs cruciaux. Parmi les équipes de conception pédagogique multimédia, de rédaction, d’intégration multimédia, de programmation, d’infographie, de développement d’objets médiatiques (illustrations, photos, sons et vidéos, etc.) et de révision linguistique, chacun des intervenants possède son expérience, partage ses préoccupations et exprime ses points de vue. Le défi réside dans le respect des compétences des autres membres de l’équipe. En outre, chaque spécialiste doit maîtriser le processus de production, comprendre ses implications précises dans le projet et connaître les limites de ses interventions.


3.3 Défis technologiques pour l’assemblage et la diffusion

Le respect de la durée de vie des cours
Respecter les règles de développement de chacune des composantes plurimédias tout en considérant l’aspect évolutif des technologies choisies. En effet, comme la durée de vie d’un cours varie de 5 à 10 ans, nous devrons opter pour des outils de développement susceptibles de résister aux changements technologiques qui surviennent souvent très (trop?) rapidement.

Le respect de l’équipement des étudiants
Respecter la connectivité Internet (bande passante), les capacités des ordinateurs et les plateformes informatiques des élèves.

Un «microsystème intégré d’apprentissage»
Comme le cours devient en quelque sorte un «microsystème intégré d’apprentissage» muni de composantes interdépendantes, les documents imprimés ne pourront jamais être médiatisés et les documents en ligne ne seront jamais imprimés, à moins qu’ils n’aient été conçus à cette fin. Par conséquent, nous ne devons pas oublier que les outils de référence de l’élève devront demeurer accessibles une fois la formation terminée.


4. L’avenir

Il va sans dire que le virage plurimédia est bel et bien amorcé au Cégep@distance. Plusieurs avancées technologiques et organisationnelles font déjà miroiter l’éclosion de possibilités encore plus grandes. En voici quelques-unes :

  • L’augmentation des capacités de bande passante du réseau.
  • L’apparition d’écrans compacts et portatifs dont la résolution permettrait une lecture encore plus aisée que l’imprimé.
  • L’apparition de minuscules haut-parleurs.
  • Le réseau Internet sans fil permettant de se brancher en tout lieu.
  • L’organisation du travail collaboratif à distance dans un réseau d’intérêt.
  • La mise en place d’un environnement sécuritaire permettant de faire des examens à distance sur ordinateur.

La complexité des choix technologiques présents et futurs s’ajoute à nos casse-têtes pédagogiques. Toutefois, une règle ou question de base simple met un peu d’ordre dans ce dédale de possibilités et nous ramène à l’essentiel : le média choisi facilite-t-il vraiment l’apprentissage et le développement des compétences?

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015