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 Numéro 58, Mai 2005 
TIC et mathématique Version Imprimable  Version imprimable
Une expérience stimulante et enrichissante autant pour le personnel enseignant que pour les élèves

Propos recueillis par Lyse Favreau
Membre de l'équipe Animaweb

Tout d’abord, un grand merci à l’équipe d’enseignantes et d’enseignants de mathématique du programme Sciences de la nature du cégep de Rimouski, en particulier à Philippe Etchecopar, d’avoir accepté de répondre aux questions suivantes et de partager ainsi leur point de vue et leurs façons de faire en matière d’intégration des technologies.


De gauche à droite : Jordi Nadal (assis), Benoît Fournier, Diane Côté et Philippe Etchecopar


Si vous comparez l’enseignement de votre discipline d’il y a une quinzaine d’années à celui de maintenant, quelle est la plus grande différence?

En mathématique, la grande différence provient du développement exponentiel de l’informatique : apparition des logiciels de calcul symbolique à partir de 1990, montée en puissance des ordinateurs et développement d’Internet à partir de 1995. Cela a permis d’augmenter et d’améliorer l’utilisation des mathématiques dans les autres disciplines.


Pouvez-vous décrire brièvement comment vous intégrez les TIC à la pédagogie?

À Rimouski, en Sciences de la nature, les TIC ont d’abord pris la forme des logiciels de calcul symbolique : Mathematica, puis Maple et MatLab.

Ces logiciels n’ont évidemment pas été intégrés comme des boîtes noires. Ils répondaient plutôt à deux objectifs bien précis : suivre une démarche rigoureuse et résoudre des problèmes.

D’abord, leur utilisation pour résoudre des problèmes simples oblige les élèves à une démarche rigoureuse, la démarche algorithmique. Un logiciel oblige l’élève à penser un problème en termes d’étapes à suivre plutôt qu’en termes de formules à trouver ou d’exemples à utiliser.

Ensuite, ces logiciels, avec leur capacité de calcul, nous ont permis de développer une méthode de résolution de problème, la modélisation, qui fait appel à l’autonomie et à la capacité de jugement de l’élève plutôt qu’aux calculs répétitifs. Grâce à la capacité de calcul des ordinateurs, un problème, c’est moins une solution numérique pointue à obtenir qu’un phénomène à comprendre. Cette méthode prépare aussi les élèves aux grands changements que l’informatique a apportés au travail scientifique : la modélisation et les simulations.

Enfin, ces dernières années, le développement d’Internet nous a permis de rendre l’enseignement plus convivial (utilisation du site DECclic et des portables) et plus ouvert (utilisation de sites comme celui du MIT - Massachusetts Institute of Technology).


Est-il exigeant de vouloir intégrer les TIC?

À Rimouski, nous avons eu la chance de travailler en équipe et ainsi de partager les efforts. C’est un travail important, car nous avons dû produire nos propres manuels et guides. Si officiellement les autorités plaident en faveur des TIC, en effet, cela ne se traduit pas toujours en octroi de ressources… La définition des paramètres de la tâche remonte à près de 30 ans et les parties préparation et laboratoire n’incluent donc pas le recours aux TIC. Les Nej (nombres d’élèves par groupe dans une discipline particulière) ne prévoient pas de période de laboratoire. Les budgets de recherche ont à peu près disparu, de même que ceux affectés à la coordination provinciale. Nous avons ainsi à réinventer la roue, chacun dans nos cégeps. Le travail d’intégration des TIC repose en grande partie sur du bénévolat et s’ajoute à la tâche régulière. Par exemple, en Calcul différentiel, nous donnons dix labos par session avec ce que cela comporte de travail supplémentaire de préparation et de correction. En revanche, l’intégration des TIC a été très stimulante sur le plan pédagogique et très enrichissante pour tous ceux et celles qui y ont participé. Il faut saluer des organisations comme l’Association pour les applications pédagogiques de l’ordinateur au postsecondaire (APOP), l’Association mathématique du Québec (AMQ) ou le Saut quantique, qui nous permettent d’échanger des idées avec d’autres cégeps.


Est-ce que vous considérez que le temps d’appropriation des nouveaux outils technologiques est disproportionné par rapport à une préparation normale de cours?

La question ne se pose pas comme ça. Les nouvelles technologies sont là, elles transforment le travail en sciences et l’enseignement universitaire, et il est de notre responsabilité de préparer nos étudiants à cette réalité. Le problème, c’est que les ressources ne sont pas proportionnelles au travail nécessaire.


Quels sont les avantages à intégrer les TIC dans la pédagogie?

  D’abord, fournir aux jeunes une préparation mieux adaptée à ce qui les attend, tant à l’université que dans les professions scientifiques vers lesquelles ils s’orientent. C’est quand même notre responsabilité d’enseignante et d’enseignant de prévoir ce qui sera nécessaire à nos élèves et de préparer nos cours en conséquence.
Céline Saint-Pierre  

Ensuite, en mathématique, les TIC nous permettent, par la modélisation, de montrer la nature des maths comme le langage de la nature et leur importance dans les autres disciplines. Les TIC, par leur capacité de calcul, nous permettent d’atteindre le vieil objectif des cours du collégial : mathématiser des situations concrètes sans les déformer.


Est-ce que cette intégration des TIC vous a amené à modifier votre pratique pédagogique et si oui, en quoi l’a t-elle été?

L’utilisation des TIC a développé un aspect expérimental en mathématique comparativement à l’enseignement magistral traditionnel. La méthode d’approche par projet (APP) s’est beaucoup améliorée et cela, dans une optique multidisciplinaire. Le travail d’équipe est devenu la norme.

Avec l’utilisation croissante d’Internet et des portables, l’aspect communication est également devenu important dans notre pratique pédagogique. En mettant nos cours sur le site DECclic, nous pouvons communiquer beaucoup plus facilement avec nos élèves et réciproquement. La voie de transmission du savoir n’est plus uniquement le cours magistral et le volume, et les élèves peuvent accéder à des explications supplémentaires au moyen des sites connexes.


Avez-vous l’impression que l’intégration des TIC en pédagogie augmente la motivation ou la réussite des élèves?

  C’est plus qu’une impression, c’est une certitude! Chaque année, à la fin de leur DEC, une enquête est faite auprès des sortantes et sortants, et les résultats sont similaires d’année en année : les cours de maths sont très appréciés et les élèves disent qu’ils ont le sentiment d’avoir beaucoup appris.
Gaétan Beaudoin  

Cette évaluation est confirmée par l’enquête menée régulièrement auprès des sortantes et sortants après un an d’université : ils sont très satisfaits de la place de l’informatique et des méthodes de travail qu’ils ont acquises dans leurs cours de math du cégep.

Il semble que les approches pédagogiques utilisant les TIC, avec ce que cela implique, correspondent davantage à la culture des jeunes que l’approche traditionnelle.

Pour nous, les profs, cette satisfaction qui se manifeste assez régulièrement chez nos élèves est certainement ce qu’il y a de plus gratifiant.


Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015