Retour à l'accueil
accueil renseignements diffusion
Recherche
avancée
 Numéro 60, Janvier 2006 
Une trousse pour les professeurs auteurs Version Imprimable  Version imprimable


Bernard Vallée
Chargé de projets, Cégep@distance

Personne n’est surpris en apprenant qu’au Cégep@distance, les cours ne sont pas dispensés par des professeurs dans une classe. C’est vrai qu’il n’y a pas de classes dans notre établissement! Mais il y a par contre des professeurs, et leur présence, au demeurant indispensable, se fait sentir à l’intérieur même du matériel de cours. Celui-ci est diversifié et offert sous des supports variés : imprimé, site Internet, cédérom, logiciel, audiocassette. Déjà, on le voit, nous avons une façon de faire qui est unique. Spécialisé dans la formation à distance au collégial, le Cégep@distance recrute des professeurs du réseau en fonction de ses besoins de développement de programmes et de cours.

Le projet de concevoir une trousse pour les professeurs auteurs vise justement à leur fournir un ensemble d’informations générales sur notre établissement, mais aussi et surtout un guide utile et pratique pour la conception d’un cours à distance. Cette trousse sera accessible en version électronique au printemps 2006 en format PDF, avec une table des matières interactive qui facilitera l’accès à n’importe quelle rubrique.

Il faut le dire d’emblée, on ne rédige pas un cours à distance en transcrivant simplement ses notes de cours. Il y a un savoir-faire propre à cette pratique qui couvre la rédaction et le traitement des activités pédagogiques, des évaluations, des contenus disciplinaires dans le respect de l’approche par compétences et des médias. Nous vous présentons ici un survol des principales rubriques de cette trousse afin que vous puissiez comprendre comment nous outillons et encadrons nos professeurs auteurs.


Notre modèle de formation à distance

Tout professeur intéressé à relever le défi de travailler à l’élaboration de l’un de nos cours doit d’abord comprendre notre modèle pédagogique de diffusion de la formation. On l’a dit, il n’y a pas chez nous d’enseignement en temps réel dans une classe et en groupe. L’apprentissage de l’étudiant est asynchrone (c’est-à-dire en temps différé) et individualisé. Concrètement, cela veut dire qu’il étudie chez lui avec généralement un manuel de base et un cahier d’apprentissage, et un ordinateur pour l’utilisation de logiciels, l’accès à Internet pour des activités de recherche et l’accès à un système informatisé pour la réalisation des évaluations sommatives. Ce modèle d’apprentissage présume que les étudiants doivent faire preuve d’autonomie et de discipline. Ils ne sont pas pour autant isolés, car ils peuvent communiquer avec un tuteur qui agit comme personne-ressource et assure le suivi pédagogique ainsi que la correction des devoirs et de l’examen. Le tuteur est aussi un professeur du réseau collégial.

Dans notre modèle, on dit de nos cours qu’ils sont «autoportants». Ce terme signifie que l’ensemble du matériel que l’étudiant reçoit chez lui ou auquel il accède dans Internet, le cas échéant, est suffisant pour son apprentissage. Cela implique que le matériel pédagogique mis à sa disposition devient l’outil premier et l’instrument essentiel de sa formation. Ce matériel doit compenser l’absence physique du professeur et susciter l’intérêt et la motivation, tout en encadrant le travail personnel et l’étude. Il se doit d’être attrayant, stimulant et rigoureux sur les plans de la forme et du contenu. C’est là le principal défi de l’auteur, qui sera toutefois encadré par le responsable de projet dans son travail. Un réviseur de contenu et une spécialiste de l’évaluation collaborent aussi au développement du cours.


Des cours avec médias multiples

Lorsque nous développons un cours, nous le faisons sur différents supports médiatiques. Sur support imprimé, nous avons un manuel de base et un cahier d’apprentissage, qui aide l’étudiant à cheminer dans le manuel. Lorsqu’il n’existe pas de manuel de base suffisamment pertinent pour en faire la base d’un cours, nous produisons un texte de cours qui intègre les activités d’apprentissage nécessaires au développement de la compétence avec l’ensemble du contenu disciplinaire. Une des particularités d’un cours à distance est de permettre à l’étudiant de s’autoévaluer avant de réaliser les évaluations sommatives. Ainsi, des autoévaluations comportant des tâches complexes complètent les chapitres et sont suivies par des corrigés.

Certains cours font appel, de par leur nature et leurs besoins spécifiques, à une variété de médias. Tout comme un cours de langue incorpore des audiocassettes afin de faciliter la compréhension orale, d’autres cours peuvent utiliser diverses approches technopédagogiques dans le but de favoriser l’acquisition progressive d’une compétence. Cela se traduit par l’utilisation de divers médias : un site Web, un cédérom, des logiciels appropriés, une audiocassette ou un DVD.

On développera dans le site Internet du cours des outils informatisés, des schémas interactifs avec rétroaction, une ligne de temps ou encore une liste d’adresses de sites pertinents. Notons qu’un cours avec médias multiples comprend toujours du matériel imprimé sous la forme d’un manuel de base ou d’un texte de cours.


Les principes de l’approche par compétences
au Cégep@distance

La trousse des professeurs auteurs comprend une section dédiée à l’approche par compétences. La philosophie de cette approche vise l’acquisition de connaissances intégrées, d’habiletés et d’attitudes qui servent à résoudre des problèmes ou à accomplir des tâches. Une compétence est une cible de formation, un résultat attendu qui a un lien réel avec le monde du travail, l’université ou la vie. Cette approche a donc un impact important sur l’évaluation des apprentissages. Cela représente un défi particulier dans un contexte de formation à distance et c’est pourquoi une équipe du Cégep@distance a travaillé à l’élaboration d’un cadre de référence d’où s’est dégagé un ensemble de principes et de normes applicables à la conception des activités d’apprentissage et des évaluations d’un cours.

Il faut savoir que ces principes et ces normes font encore l’objet d’un travail en évolution, notamment en ce qui concerne l’évaluation des apprentissages. On retiendra que nous portons une attention particulière à l’application de l’approche par compétences à chacune des étapes de développement et à chacune des composantes des cours que nous développons. Le professeur auteur doit bien réfléchir à la façon dont il fait développer des compétences à distance chez l’étudiant et nous le soutenons dans cette démarche.


Un travail d’équipe

Le développement d’un cours au Cégep@distance est fondamentalement un travail d’équipe. Voici les principaux participants.

Il y a d’abord l’auteur, qui enseigne dans un cégep une discipline liée au cours à développer. Il possède une bonne connaissance de la pédagogie en plus de maîtriser sa matière, ainsi que des habiletés de communication écrite. Il fait preuve d’une grande rigueur intellectuelle et d’une bonne méthode de travail. Il doit aussi être disponible, car développer un cours à distance est un travail de longue haleine qui s’échelonne sur au moins une année et parfois un peu plus. Une autre qualité recherchée chez lui est sa capacité à accepter la critique constructive. L’auteur doit aussi être ouvert et prêt à utiliser de nouveaux outils technologiques conviviaux. Il sera bien sûr correctement encadré dans l’ensemble de sa démarche.

Le chargé de projets du Cégep@distance a la responsabilité ultime du développement complet du cours. Son rôle et sa tâche sont doubles. Il agit d’abord comme conseiller pédagogique en formation à distance. Il assure alors l’encadrement de l’auteur et fait la révision pédagogique du cours, fournissant des commentaires à l’auteur afin que le travail soit bien adapté aux particularités et aux exigences de la formation à distance ainsi qu’aux principes de l’approche par compétences. Enfin, il accompagne l’auteur dans les aspects technologiques du travail.

Son second rôle consiste à superviser et à coordonner l’élaboration complète du cours. Il prépare les contrats, veille au respect des échéances et du budget, coordonne le travail de l’équipe, organise des réunions et effectue les paiements après la réalisation des travaux.

Le réviseur de contenu est aussi un professeur du réseau collégial; il provient d’un collège autre que celui de l’auteur. Son rôle est de valider le travail de l’auteur.

La responsable de l’évaluation accompagne l’équipe dans l’élaboration de la stratégie d’évaluation pour l’ensemble du cours. Elle contribue à l’élaboration d’outils d’évaluation tels que les échelles descriptives.

Vient ensuite le travail de production, qui va de la révision linguistique aux illustrations et à la correction d’épreuves. Selon le format du cours à développer, d’autres spécialistes interviennent dans le processus. Le technicien en éditique effectue la mise en page des documents imprimés. L’intégrateur multimédia est responsable de médiatiser les pages-écrans et l’interactivité des cours dans Internet à l’aide de logiciels appropriés. Il intègre notamment les images, le son, la vidéo et les animations. Au besoin, un programmeur sera engagé.


La rédaction pédagogique en formation à distance

C’est un beau défi pour un professeur de s’engager dans cette noble aventure qu’est la rédaction d’un ouvrage de 200 à parfois plus de 400 pages. Il s’agit là d’une responsabilité qui exige du souffle et qui comporte ses particularités rédactionnelles.

L’auteur doit recourir à un style de langage adapté à la clientèle. Pour ce faire, il doit établir et maintenir une complicité avec l’étudiant en établissant un dialogue avec lui. L’auteur ne s’adresse plus à une classe, mais à un seul étudiant; il joue alors un rôle de guide et d’accompagnateur. Il capte son attention en suscitant l’intérêt et la curiosité. Voyez l’exemple suivant de l’amorce d’un cours :

«Avez-vous déjà lu le livre Robinson Crusoe? Ou bien, plus récemment, avez-vous vu le film Seul au monde? Échoués sur une île déserte, seuls, Crusoe et Tom Hanks (jouant le rôle du naufragé dans Seul au monde) continuent à communiquer par tous les moyens possibles. Le premier, aussi longtemps qu’il aura de l’encre, écrira son journal intime. À une certaine époque, il parviendra à apprendre quelques mots à un perroquet. Plus tard, il enseignera sa langue parlée à son nouvel ami, Vendredi. Le second, Tom Hanks, fabriquera un masque, Wilson, lequel deviendra son confident pendant son séjour sur l’île. Parvenant à quitter l’endroit, il aura beaucoup de mal à se séparer de son compagnon imaginaire... Ces deux aventures illustrent bien le fait que la communication est un besoin impérieux chez l’être humain.»

Il est souhaitable que l’auteur tente, dans la mesure du possible, de dire par écrit ce qu’il dirait de vive voix en classe. Il doit aussi prévoir les difficultés et y remédier. Lorsqu’un professeur est en classe, il est en mesure d’entendre les réactions à ses propos, de voir les mains qui se lèvent ou de percevoir les points d’interrogation qui s’inscrivent dans le visage un peu inquiet de certains étudiants lorsque visiblement ils ne saisissent pas ce qu’il vient de leur expliquer. Le professeur reçoit ainsi des signaux de ses étudiants et il comprend tout de suite qu’il doit alors réajuster ou reprendre plus en détail ses explications. En formation à distance, l’auteur n’a pas accès à toutes ces informations, à cette communication verbale et non verbale qui permet de se réajuster sur le champ. Il est donc indispensable d’être en mesure d’anticiper les notions plus difficiles à comprendre et de fournir dès lors plus d’explications et d’exemples à l’étudiant. L’auteur doit aussi interpeller et encourager l’étudiant; la trousse présente, dans cette optique, des extraits pertinents illustrant ces diverses manières de rédiger un cours à distance. Cette section culmine avec la présentation d’un tableau très convivial qui compare la formation en classe et la formation à distance.


Le traitement pédagogique des contenus, des activités et des évaluations

Dans cette rubrique de la trousse, on explique comment rédiger des objectifs en lien avec les niveaux taxonomiques tout en fournissant quelques exemples pertinents. Pour le traitement des contenus disciplinaires, diverses suggestions sont offertes, comme celle de faire appel aux connaissances antérieures de l’étudiant.

En ce qui concerne les activités d’apprentissage, on suggère, par exemple, l’usage d’une métaphore pour faciliter le transfert des connaissances, des exercices d’assimilation pour favoriser la compréhension et la rétention, des capsules variées évoquant une découverte, un événement historique ou des trucs et astuces. Avec l’approche par compétences, il est désormais incontournable d’intégrer au matériel pédagogique diverses mises en situation ou études de cas afin de solliciter chez l’étudiant une performance à partir de situations authentiques liées particulièrement au milieu de travail.

On peut le dire sans fausse modestie, les évaluations constituent une des principales forces du Cégep@distance. À cet égard, un comité a élaboré des normes relatives à l’évaluation des apprentissages dans un contexte d’approche par compétences. Ces normes concernent d’abord les autoévaluations et leurs corrigés, qui permettent à l’étudiant de se pratiquer avant de réaliser un devoir. Une norme précisera, par exemple, que l’exercice d’autoévaluation sera d’une complexité similaire à celle des devoirs et de l’examen qu’elle précède. Seuls les devoirs et l’examen sont notés. L’auteur doit concevoir deux séries de devoirs, y compris les pondérations et les guides de correction.

La conception des devoirs et de l’examen constitue un défi de taille avec l’approche par compétences. En effet, plutôt que de vérifier l’acquisition d’une somme de connaissances, on tente d’évaluer qualitativement les complexités d’une compétence. On conçoit alors des outils d’évaluation qui prennent notamment la forme d’échelles descriptives. Nous travaillons encore à développer de bons outils d’évaluation.


Les productions de l’auteur

Le professeur auteur aura trois productions distinctes à réaliser : le devis de conception, le prototype et toutes les composantes du cours. Pour chacune de ces productions, la trousse décrit les composants administratifs tels que le contrat, l’échéancier, la rémunération et les paiements. Les tâches pédagogiques se résument comme suit :

Le devis pédagogique
Il s’agit d’un plan très détaillé du cours qui comporte deux volets. Dans le premier volet, l’auteur décrit sa vision du cours ainsi que l’examen final et chacun des devoirs avec les critères d’évaluation. Le deuxième volet est un tableau à remplir dont les colonnes désignent les objectifs, les balises de contenu, les activités d’apprentissage, les médias et la durée.

Le prototype
L’auteur rédige une portion représentative du cours, soit deux leçons par exemple. On y ajoute les icônes et les illustrations. Un diagnostic linguistique est établi, puis l’auteur reçoit une rétroaction du chargé de projets et du réviseur de contenu. Après les réajustements nécessaires, une mise en page est produite afin d’obtenir un aperçu du produit final et ainsi prévoir les ajustements nécessaires.

Toutes les composantes du cours
L’auteur produit ici tout le matériel du cours, c’est-à-dire les contenus notionnels, les activités d’apprentissage, les autoévaluations, les séries de devoirs et les versions d’examen ainsi que les guides de correction. Bien sûr, le chargé de projet et le réviseur de contenu commenteront le travail accompli.


Les outils technologiques

Le Cégep@distance a installé sur son serveur un système informatisé de gestion documentaire appelé Documentum. Il s’agit d’une bibliothèque virtuelle qui permet aux différents usagers de consulter un document, de l’emprunter ou d’en faire une nouvelle version, puis de le redéposer en son lieu d’origine. Le système conserve toutes les versions. Puisque la production d’un cours est une entreprise collective où plusieurs intervenants travaillent sur des fichiers informatiques communs, le système permet à chacun d’accéder à toutes les étapes de la production, en retirant le fichier et en y déposant sa contribution. Pour les auteurs qui travaillent à distance, Documentum se présente comme un site Web auquel on accède par mots de passe.

Par ailleurs, afin de normaliser la création, la publication et la conservation des cours imprimés, les auteurs rédigent dans des gabarits Word adaptés pour leur conversion en XML, un langage qui respecte les normes internationales et assure la pérennité des contenus. Les auteurs rédigent comme ils le feraient dans un fichier Word normal, mais sans se soucier de la mise en forme des documents.

Le Gestionnaire d’évaluations est un outil technologique qui permet aux professeurs auteurs de créer en ligne des évaluations sommatives. Il permet aussi aux étudiants de passer en ligne ces évaluations. Ce système accélère les transactions entre les étudiants (passation des devoirs), les tuteurs (correction) et l’administration (gestion des notes). Le système favorise le travail de correction du tuteur dans le cas de questions ouvertes et offre une rétroaction automatisée à l’étudiant en ce qui concerne les questions à choix multiples.


Ça vous intéresse?

Voilà qui complète notre tour d’horizon des principales rubriques de cette trousse des professeurs auteurs.

Si vous êtes intéressés par ce beau défi, visitez le site www.cegepadistance.ca/ à la section Offres d’emploi. Ce pourrait être le début d’une belle aventure.


Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015