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 Numéro 60, Janvier 2006 
Le marché florissant de la formation en ligne Version Imprimable  Version imprimable


Gérald Roberge
Chargé de projet, la Vitrine APO, pour le Groupe de travail sur les normes - Québec (GTN-Q)

État de la situation

La formation en ligne ou «e-learning» est la prochaine vague, le prochain raz-de-marée, devrait-on dire, de l’application des technologies de l’information et des communications (TIC) à la formation et à la pédagogie. On peut, grosso modo, la définir comme le fait de recourir aux TIC pour offrir des produits et des services de formation par l’intermédiaire d’un réseau informatique, généralement Internet.

En plus d’offrir des économies considérables en temps et en déplacement, ce type de formation permet la concordance de divers éléments permettant d’en assurer la qualité. Dans ce domaine, en effet, on fait généralement appel à une équipe de spécialistes pour la construction des ressources d’enseignement et d’apprentissage (REA) qui seront mises à la disposition des apprenants. De plus, l’organisation modulaire des enseignements, habituellement favorisée dans cette approche, autorise une mise à jour rapide des contenus. Les systèmes d’évaluation impliqués peuvent orienter les étudiants vers la démarche la mieux adaptée à leur façon d’apprendre, vers des exercices ou des travaux pratiques (simulation), et même leur servir d’outils pour l’analyse du cheminement de leurs apprentissages. Dans les systèmes existants, les tuteurs peuvent suivre le cheminement des étudiants et les évaluer; ceux-ci ont même la possibilité d’échanger directement avec le professeur et entre eux (on estime que 30% des apprentissages se font par les pairs) et ont accès, entre autres, à un ensemble de ressources documentaires. Notons que les applications pédagogiques de la formation en ligne sont évidentes pour les écoles, collèges et universités, mais qu’elles sont tout aussi pertinentes pour la formation en entreprise.

L’enjeu est de mobiliser le potentiel de la formation en ligne afin que les processus d’apprentissage et l’accès à la connaissance soient plus efficaces, mieux adaptés à l’évolution vertigineuse à laquelle les personnes et les organisations doivent faire face. L’apprentissage en ligne permet de bénéficier d’avantages technologiques comme l’interactivité et la simulation, ainsi que des avantages de la formation à distance (grande autonomie, élimination des contraintes de temps et de distance).

Bien qu’il soit difficile de mesurer l’ampleur de ce phénomène à l’échelle mondiale, on peut toutefois signaler que la croissance de l’apprentissage en ligne est fulgurante, comme le démontrent les données suivantes. Selon les estimations des analystes de l’IDC www.idc.com (firme mondiale d’analystes et de consultants sur les TIC), le marché de l’apprentissage en ligne des entreprises d’Amérique du Nord était de l’ordre de 15 milliards de dollars en 2004 et la croissance annuelle du marché global de l’apprentissage en ligne était de 69%.

Aux États-Unis, de 2001 à 2004, l’utilisation du domaine «.edu» a connu une croissance de 366% (d’après Internet Society). On constate aussi une augmentation significative du nombre d’étudiants inscrits en ligne : 19% en 2003 et 24% de plus à l’automne 2004, soit 2,6 millions. Le tableau ci-dessous montre le potentiel de l’apprentissage en ligne en termes de prévisions de dépenses dans certains secteurs-clés aux États-Unis. Les montants qui y apparaissent sont en milliards de dollars américains.


Secteur
2002
2006
2011
 
École
1,8
11,0
18,0
Études supérieures
1,5
23
44
Recrutement de personnel
0,8
4,6
11,7
Corporations et affaires
4,6
16,4
42,6
Gouvernement
0,6
2,7
13,4
Simulation en apprentissage en ligne
0,3
6,1
37,0
Professionnels
0,4
8,6
19,2
Consommateurs
0,2
7,3
16,0
Associations
0,1
3,4
11,0
Total
10,3
83,1
212,9

Source : brandon-hall.com,
Market Analysis of the U.S. E-Learning Industry

Au Canada, le marché de l’apprentissage en ligne était estimé à 145 millions de dollars en 2000 et, selon IDC Canada, les dépenses dans ce secteur devraient atteindre 1,5 milliard de dollars en 2006. D’après Brandon Hall, un spécialiste reconnu du domaine, en 2006, les dépenses engagées pour l’apprentissage en ligne le seront majoritairement par les entreprises et les établissements d’enseignement postsecondaire (source : Learning Technology, décembre 2003).

La formation en ligne connaît un immense succès, car elle offre des avantages indéniables aux entreprises qui ont besoin de partager rapidement de l'information avec tous leurs partenaires. Certains environnements sont particulièrement bien servis par ce type de formation : personnel très mobile, équipes de grande taille, réseaux étendus de clients et de partenaires commerciaux.

La formation en ligne permet aux entreprises d’offrir une formation personnalisée selon des horaires et calendriers adaptés à l’apprenant, et les cours sont dispensés en respectant à la fois les exigences de l’entreprise et celles de l’étudiant.


Des problèmes à résoudre

Certaines difficultés, voire certains défis, se cachent derrière le bilan positif que l’on peut tracer de l’apprentissage en ligne et de sa croissance. Pour comprendre ces problèmes, il convient d’aller un peu plus loin dans la description du processus.

La nature modulaire favorisée dans l’apprentissage en ligne implique le «morcellement des contenus», qui consiste à décomposer un thème général en thèmes, en sous-thèmes et ainsi de suite, jusqu’à l’obtention d’éléments de contenu indivisibles ou correspondant au degré de morcellement désiré. Dans un contexte de formation, ces éléments sont considérés comme des objets d’apprentissage, auxquels on doit associer des ressources d’enseignement et d’apprentissage (REA) pour pouvoir les enseigner ou les apprendre. Ainsi, la construction d’un cours peut être considérée comme l’assemblage de REA à l’intérieur d’un scénario pédagogique.

Il est important de saisir que la REA associée à un certain objet d’apprentissage à l’intérieur du scénario pédagogique d’une formation peut servir à l’intérieur d’un autre cours. Par exemple, une REA expliquant les effets de la foudre peut être utilisée tant dans un cours de sciences physiques d’une école secondaire que dans un cours de génie électrique, que dans le cadre d’une formation en sécurité dans une entreprise. Une REA possède la caractéristique de pouvoir être réutilisée dans différents contextes, un peu comme une pièce de Lego peut être à la base de différentes constructions. Cependant, pour pouvoir utiliser une REA existante et ne pas avoir à la «réinventer», il faut non seulement qu’elle soit disponible et que son auteur veuille la partager, mais aussi qu’on puisse la trouver et, implicitement, qu’il existe des outils permettant de la rechercher.

Dans ce domaine, on peut généralement dire qu’une REA non répertoriée est une REA perdue. En fait, l’idéal serait qu’il existe un catalogue de REA dans lequel il serait possible de choisir une ou des REA en fonction d’un certain objet d’apprentissage. Or, le catalogage des REA n’est pas une opération qui va de soi. D’une part, les REA ont été créées et existent sur de multiples plateformes technologiques et logicielles, et, d’autre part, un tel système doit gérer la question des droits d’auteur, afin que les constructeurs de REA (possiblement des entreprises spécialisées dans ce domaine) soient intéressés à contribuer à l’existence d’un tel catalogue.

La description même d’une REA est, en soi, un défi de taille. En effet, quelles étiquettes conviennent le mieux pour décrire une REA et permettraient ainsi de la cataloguer? Non seulement la description est problématique, mais la normalisation de celle-ci l’est tout autant. En effet, il est essentiel que toutes les instances décrivant des REA utilisent les mêmes descripteurs et il faut donc s’entendre sur la nature et la définition des champs des bases de données pour qu’un partage entre les banques soit possible. En d’autres termes, il faut s’assurer de l’interopérabilité des données descriptives de REA.

Il faut aussi distinguer la REA de sa description. Le catalogue, ou la banque de données des descripteurs de REA, est un objet qui diffère des REA elles-mêmes, qui peuvent être situées sur différents serveurs répartis sur la planète. Le catalogue doit permettre d’accéder à la REA, en fournissant sa localisation.


Des solutions

Les propos précédents font clairement ressortir le besoin de normes et de standards dans le processus de catalogage des REA. C’est ainsi qu’en 2002, l’IEEE1, en se basant sur les spécifications techniques de l’IMS2, a émis un standard généralement désigné comme l’IEEE-LOM, ou plus simplement LOM pour Learning Objets Metadata (métadonnées pour objets d’apprentissage). Ce standard sert à l’élaboration de «profils d’application» qui consistent en une sélection ou un traitement particulier d'un standard ou d'une norme en vue d’une utilisation dans un domaine déterminé. Il existe actuellement un certain nombre de profils d’application basés sur LOM (SCORM, CanCore...), dont un qui est un profil québécois destiné à la description des REA : Normetic. Nous avons donc actuellement à notre disposition un profil d’application de LOM qui permet la description, le catalogage et le repérage de REA. Il vaut la peine d’approfondir ce thème. Voyons d’abord les origines de Normetic.

Normetic est issu du rapport de l’étude La description normalisée des ressources : vers un patrimoine éducatif, réalisée par la compagnie Novasys, conjointement avec le Groupe de travail sur les normes (GTN), pour le compte de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ).

En conformité avec les conclusions d’une première étude intitulée Les normes et standards de la formation en ligne : état des lieux et enjeux, la CREPUQ, un organisme représentatif de l’ordre d’enseignement universitaire, a instauré le GTN en 2002, conjointement avec le ministère de l’Éducation du Québec.

Le GTN, maintenant GTN-Q pour en spécifier la nature québécoise, est formé de représentants du gouvernement du Québec, des commissions scolaires, des cégeps, des universités et du milieu des entreprises. Son mandat est de promouvoir l’application de normes et de standards, afin d’assurer l’interopérabilité et la «réutilisabilité» des ressources d’enseignement et d’apprentissage ainsi que la constitution d’un patrimoine éducatif accessible. Pour accomplir ce mandat, le GTN-Q assure une veille sur l’évolution des tendances, organise des activités de sensibilisation et appuie les efforts d’implantation par des activités d’accompagnement, d’appui au développement d’outils et de diffusion d’information. De plus, le GTN-Q émet des avis et des recommandations pour répondre aux demandes du gouvernement ou des établissements d’enseignement, et assure une présence sur les tables canadiennes et internationales de normalisation des technologies de l’information pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (notamment le Comité ISO/IEC JTC1/SC36, en collaboration avec des instances gouvernementales et le Conseil canadien des normes).

En 2003, le GTN-Q s’approprie les services de Novasys, compagnie à l’avant-garde dans le domaine du «e-learning», pour entreprendre une étude sur l'application de normes et de standards pour les ressources d'enseignement et d'apprentissage. Il y aura, par la suite, publication du rapport de cette étude, La description normalisée des ressources : vers un patrimoine éducatif. Normetic est la réponse fournie par cette étude à la question des normes québécoises pour la description normalisée des REA.

Pour mieux illustrer un des rôles du profil d’application Normetic, attardons-nous au processus de recherche de REA décrit à la figure suivante.


Il faut tout d’abord revenir sur la différence entre un référentiel de REA (banque de données qui décrivent des REA) et un dépôt de REA (localisation de la REA elle-même). Notons aussi qu’il existe des passerelles (import/export) entre les référentiels, ce qui permet de partager leurs données respectives. Il peut évidemment exister plusieurs dépôts de REA.

Suivons le cheminement d’une recherche dans le schéma précédent. Une recherche, portant sur certains critères, est lancée vers un référentiel (partageant des données avec d’autres référentiels) dont les fiches descriptives, tel que nous l’avons déjà mentionné, contiennent l’information concernant la localisation de chaque REA. Une recherche portant sur certains critères, si elle est fructueuse, guidera donc directement l’utilisateur vers la REA elle-même.

Dans ce schéma, Normetic intervient, d’une part, sur le plan du format des fiches descriptives dans les référentiels, mais aussi sur celui du mode de recherche et des échanges entre référentiels à cause du caractère obligatoire de certains de ces champs. Une fiche descriptive de REA compatible avec Normetic doit contenir un minimum de champs; le schéma suivant montre les 23 éléments qui sont requis ou conditionnellement requis par ce profil d'application. (Au total, Normetic comporte 58 descripteurs se situant à l’intérieur de neuf catégories. – La catégorie 8. Annotation n'est constituée que d'éléments facultatifs.)

1 Général
 
1.2 Titre
 
1.3 Langue
 
1.4 Description
 
1.5 Mot-clé
 
2 Cycle de vie
 
2.1 Version
 
2.3 Contribution
 
2.3.1 Rôle
 
2.3.2 Entité
  2.3.3 Date
 
3 Métadonnées
 
3.1 Identifiant
 
3.1.1 Catalogue
 
3.1.2 Entrée
 
3.3 Schéma de métadonnées
 
4 Technique
 
4.1 Format
 
4.3 Localisation
 
5 Pédagogie
 
5.2 Type de ressource pédagogique
 
5.6 Contexte
 
6 Droits
 
6.1 Coût
 
6.2 Copyright et autres restrictions
 
6.3 Description
 
7 Relation
 
7.1 Type
 
9 Classification
 
9.1 Objectif
 
9.2 Chemin Taxum
 
9.2.1 Source
 
9.2.2 Taxum
 
9.2.2.1 ID
 
9.2.2.2 Entrée


Les bénéfices

L’intérêt de Normetic et de tout le système de recherche décrit précédemment touche différemment les producteurs de REA et les producteurs de formations en ligne.

Le principal avantage pour des producteurs de REA est la visibilité. Décrire leurs REA en utilisant Normetic leur permet d’être intégrés à un immense réseau de consultation et de recherche (éventuellement au sein de toute la francophonie et même plus). Les entreprises basées sur la production et la vente de REA y verront l’émergence d’un marché important et, rappelons-le, en forte croissance.

L’importance, pour les producteurs de formation en ligne, est la possibilité de trouver des REA à partir de critères de recherche pertinents (par exemple, de nature pédagogique ou technique), tout en recevant de l’information sur les conditions d’utilisation des REA correspondant à ces critères. En effet, soulignons que la nature obligatoire des champs requis de Normetic assure à l’auteur de la recherche de bénéficier de renseignements importants, pour chaque REA découverte (informations concernant minimalement son auteur, précisions techniques, restrictions d’utilisation et coûts éventuels, etc.).


Conclusion

L’apprentissage en ligne est promis à un bel avenir et il faut en faciliter le processus par la création de référentiels compatibles avec Normetic. Ce profil oblige à déterminer un minimum d’éléments descripteurs pour une REA et rend ainsi le repérage plus ciblé et le résultat de la recherche mieux documenté. L’usage d’un profil d’application commode et fournissant des fiches descriptives de REA riches en information est un avantage évident pour les créateurs de contenus de formation.

L’utilisation de Normetic permettra, en plus, de décrire et de cataloguer les REA actuelles et futures, et d’éviter ainsi de perdre la richesse pédagogique existante. Voici un belle occasion de nous constituer une banque collective de REA et de former un patrimoine éducatif pour les générations futures.

Si vous avez besoin de plus d’information sur ce thème ou si un des points suivants fait partie de votre mandat :

  • entrer manuellement de nouvelles métadonnées de REA dans un référentiel compatible Normetic déjà existant,
  • transférer les métadonnées d’une banque dans un référentiel compatible Normetic déjà existant,
  • transformer la structure d’une banque de métadonnées pour la rendre compatible Normetic,
  • construire un nouveau référentiel de métadonnées de REA compatible Normetic,
  • échanger des métadonnées avec d’autres référentiels compatibles Normetic,
  • utiliser un système de recherche de REA compatible Normetic déjà existant,

vous êtes invité à consulter le site http://www.normetic.qc.ca/ ou à communiquer avec le GTN-Q au (514) 332-3000, poste 6027.



1 IEEE-LTSC-LOM Institute of Electrical and Electronics Engineers, Inc. - Learning Technology Standards Committee - Learning Objects Metadata Working Group. Cet organisme international regroupe le Canada, les États-Unis, plusieurs pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et de certaines régions du Pacifique. Il fait partie des organismes les plus connus en normalisation et accrédités pour la désignation de normes.

2 IMS Instructional Management System Global Learning Consortium Inc. Le consortium IMS est un regroupement de 250 établissements éducatifs dont le MIT et l’Université Carnegie Mellon, d’entreprises telles que Apple et IBM, d’agences gouvernementales telles que Industrie Canada et de diverses autres sociétés.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015