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 Numéro 60, Janvier 2006 
Conseil consultatif canadien sur les normes en apprentissage en ligne CCCNAL Version Imprimable  Version imprimable
Entrevue avec Robert Thivierge, son président

Norm Friesen, directeur de CanCore
et Robert Thivierge

(NF) Robert, merci de m’accorder du temps aujourd’hui.

(RT) Cela me fait plaisir.


(NF) Pour débuter, pourriez-vous nous informer brièvement sur l’histoire et la situation actuelle du CCCNAL?

(RT) Bien sûr. J’aimerais d’abord rappeler pourquoi nous avons créé le CCCNAL. Au Québec, nous nous sommes penchés sur l’élaboration de normes et de standards pour répondre à des besoins bien définis dans le secteur de l’éducation. À la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ; http://www.crepuq.qc.ca/), où j’ai travaillé pendant cinq ans, il ressortait de nos observations et de nos études que généralement, le matériel numérique d’apprentissage produit dans nos universités n’était ni partagé, ni durable. Cette situation explique en partie pourquoi très peu de fonds sont disponibles pour le développement de contenus. On en est dans une sorte de culture du jetable. Les professeurs développent leurs ressources numériques, dans certains cas à grands frais, et, avec leurs étudiants, ils en sont le plus souvent les seuls utilisateurs. On constate aussi que le matériel de formation devient de plus en plus perfectionné et qu’avec le recours au multimédia et à des technologies de développement complexes, les coûts de production augmentent. Cela nous conduit à une impasse. D’où le besoin de trouver les moyens de rendre ce matériel durable, de transformer ces «ressources» en «actifs» qui puissent être partagés. Les pourvoyeurs de fonds seront toujours réticents à investir dans des produits jetables après usage, et ils seront peut-être plus intéressés à mettre de l’argent dans des actifs.

D’où notre réflexion sur les normes. Avec le soutien du ministère de l’Éducation du Québec, nous avons mené une étude sur l’application de normes et de standards pour les ressources d’enseignement et d’apprentissage, ce qui nous a conduits à prendre connaissance des travaux du Sous-comité 36 ISO sur le développement de normes internationales des technologies de l’information pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (ISO/IEC JTC1/SC36; http://jtc1sc36.org/).

L’objectif du CCCNAL est de faciliter la collaboration entre les provinces afin de définir les besoins et les exigences communs aux différents systèmes éducatifs en matière de normes et standards. Le CCCNAL prendra les moyens appropriés pour déterminer ces besoins et ces exigences, pour les communiquer aux instances qui sont responsables du développement des normes, et pour soutenir ceux et celles qui participent à ces travaux de développement. Nos études ont démontré qu’on dispose actuellement de plusieurs normes, standards et spécifications pour répondre à des besoins précis. Mais la situation est complexe et dynamique, car la plupart de ces normes et standards sont en plein développement et nous devons nous assurer qu’ils répondent le plus possible et constamment à nos exigences. Dans ce contexte, le CCCNAL soutient la participation des représentants canadiens aux travaux du sous-comité SC36 en leur fournissant l’information nécessaire pour orienter leurs études et en s’assurant ainsi que celles-ci soient ancrées dans la réalité et axées sur les besoins de nos établissements d’enseignement.


(NF) Plusieurs utilisateurs de CanCore partagent sûrement vos préoccupations...

(RT) Oui, ce sont là des préoccupations importantes et reconnues par tous. La proposition de mettre le CCCNAL sur pied a été soutenue au départ par le ministre de l’Éducation du Québec de l’époque, Pierre Reid. Il était aussi, à ce moment, président du Conseil des ministres d’éducation du Canada (CMEC; http://www.cmec.ca/), ce qui lui a permis de présenter cette proposition directement à tous les ministres de l’Éducation. Il en est résulté l’adhésion de cinq provinces, qui se sont engagées à financer le CCCNAL pour une période de cinq ans.

Ce cycle d’investissement de cinq ans est important. Il permet de donner un cadre stable à la participation canadienne au développement de normes internationales, ce qui est indispensable pour assurer que les priorités et les exigences canadiennes soient bel et bien prises en considération. Dans le passé, le Conseil canadien des normes (CCN; http://www.scc.ca/) et la Direction de l'apprentissage électronique, Groupe Stratégie du marché de l’apprentissage électronique d'Industrie Canada ont soutenu certaines de ces activités. Mais, malgré leur générosité, les coûts n’ont été couverts que partiellement, et la constance n’a jamais pu être garantie d’une année à l’autre. Le CCCNAL veut faire en sorte que le Canada dispose d’une équipe solide de représentants au SC36.


(NF) Oui, l’importance d’une stabilité à long terme tant sur le plan du support que de la représentation est essentielle pour ce genre de travail. Robert, quelles sont les provinces qui soutiennent le CCCNAL?

(RT) Le Québec, l’Ontario et l’Alberta sont les contributeurs principaux et sont membres du conseil d’administration du CCCNAL. Ces provinces vont jouer un rôle clé au sein du Conseil. Le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique sont également membres du CCCNAL et l’appuient financièrement. Toutes ces provinces sont d’accord pour soutenir financièrement ce projet pendant une période de cinq ans.

À notre première rencontre en septembre, nous avons priorisé, dans notre plan d’action, le recrutement d’autres partenaires. Nous nous sommes demandé : «Quels sont les acteurs qui auront à investir le plus dans le développement de ressources numériques d’éducation et de formation – et qui, par le fait même, bénéficieraient le plus d’une participation au CCCNAL?» La première réponse, ce sont, évidemment, les ministères de l’Éducation de chaque province. Le deuxième groupe est composé des ministères et organismes impliqués dans la formation. Au Québec, par exemple, nous avons Emploi-Québec, une agence importante qui dépense des centaines de milliers de dollars en formation chaque année; il est donc un joueur majeur dans l’industrie de la formation.

Il y a aussi le secteur privé, c'est-à-dire les entreprises du secteur de l’apprentissage en ligne qui, bien que travaillant à une petite échelle, possèdent une expertise importante et sont présentes sur le marché international. Mais, comme je l’ai déjà mentionné, nous visons, pendant la première année, à obtenir d’abord la participation des ministères de l’Éducation et de quelques grandes organisations publiques et privées engagées dans la formation.


(NF) Comme vous le savez, cette entrevue fait partie du travail exécuté dans le cadre de CanCore. Pourriez-vous nous décrire comment CanCore pourrait être lié au CCCNAL et comment ces deux initiatives peuvent s’enrichir mutuellement?

(RT) En fait, CanCore a développé beaucoup de connaissances et d’expérience, et il a fait pas mal de recherche et de développement dans le domaine des normes et standards en apprentissage en ligne. Il est certain que lorsque les ministères de l’Éducation définissent et communiquent leurs exigences à l’équipe SC36, CanCore – qui a déjà une bonne connaissance des besoins et des problématiques de ce domaine – peut apporter une contribution importante. Remarquez que le CCCNAL n’est pas un regroupement des organisations qui sont déjà actives dans le domaine des normes et standards tels que CanCore et le Groupe de travail sur les normes-Québec (GTN) avec Normetic. Le but du CCCNAL est d’amener les provinces et les autres partenaires importants dans le domaine de l’apprentissage, l’éducation et la formation, à travailler de façon coordonnée à la définition de leurs besoins et à la formulation de leurs exigences communes en matière de normalisation, et de les faire connaître aux instances concernées. Les organisations telles que CanCore et Normetic vont travailler ensemble avec nous à l’atteinte de cet objectif.

Un deuxième objectif important du CCCNAL est de soutenir les ministères de l’Éducation dans leurs efforts de promotion de l’utilisation et de l’implantation des normes et standards. Ces ministères provinciaux sont les mieux placés pour accomplir cet objectif parce que ce sont eux qui financent le développement des ressources numériques d’enseignement et d’apprentissage et qui sont responsables des politiques régissant les investissements, le développement et l’approvisionnement de ce matériel. Quand vous disposez d’un tel levier et que vous avez une vision claire de l’importance des enjeux de la normalisation, vous êtes dans une bonne position pour agir, car il y va de vos propres intérêts.


(NF) Une dernière question : vous avez mentionné SC36 à plusieurs reprises. Avez-vous l’intention de travailler de façon similaire avec IMS (http://www.imsglobal.org), IEEE LTSC (http://ieeeltsc.org/) ou d’autres organisations du même genre?

(RT) Oui. Le document sur la mission et les objectifs du CCCNAL désigne le groupe SC36 comme l’organisation principale. Mais le SC36 travaille en liaison avec IMS et IEEE. Alors, dans notre plan d’action, il est indiqué que nous repérerons des organisations qui peuvent être en mesure de répondre aux besoins du monde de l’éducation et de travailler avec elles. En même temps, pour faciliter le partage et les échanges de ressources éducatives tant à l’intérieur du Canada qu’entre différents pays, il est important de travailler dans un cadre qui soit explicitement et résolument international et d’adopter des approches aussi universelles que possible.


(NF) Merci beaucoup, Robert!

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015