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 Numéro 61, Avril 2006 
Littérature québécoise a représenté un travail considérable pour ses auteurs et collaborateurs. Mais voilà, le pari est gagné. Version Imprimable  Version imprimable


Émilie Lavery
Cégep Édouard-Montpetit

Après trois sessions d’essais d’Interprète en classe et en laboratoire, je vous encourage à adopter dans votre pratique d’enseignement ce logiciel de communication, que j’ai contribué à créer, avec l’équipe du CCDMD.

Le travail requis pour élaborer le contenu de la banque de données de Littérature québécoise a été une aventure historique. Nous nous sommes intéressées (la recherchiste Hélène Lavery et moi-même) à des événements culturels susceptibles de nous éclairer dans l’interprétation des textes littéraires de notre corpus culturel, des écrits de la Nouvelle-France à nos jours.

Nous avons travaillé avec le souci de présenter aux étudiants un contexte motivant de réflexion, dans leur approche des textes littéraires. Nous avons ainsi relevé quelques grands moments de notre histoire culturelle. Afin de pouvoir en percevoir l’évolution, nous avons créé, grâce au système de classement du logiciel, 16 angles de lecture des événements recensés qui concernent notre imaginaire collectif, la condition de la femme, la culture au féminin, les conditions de travail ou de vie, les phénomènes de migration, de prohibition ou de censure, les principaux conflits sociaux, l'éducation, la religion et les croyances, les questions linguistiques, le rayonnement de la culture québécoise et l'identité nationale.

Interprète permet ainsi, au fil du temps, d’archiver une documentation abondante que l’on peut questionner et réactualiser à chaque session avec une problématique différente. Depuis que j’utilise le logiciel Interprète, je suis en mesure de proposer des pistes d’analyse plus riches, dans le cadre de projets d’exposés d’étudiants, et élaborés autour d’un texte littéraire, présent ou non1 dans la banque de textes offerts (plus de 200).

Le travail démarre avec la confection d’une ligne de temps qui permet de mettre en relief le contexte de publication. Les étudiants ont le défi de l’exploiter. Ils seront ainsi évalués sur leur capacité à bien présenter le sujet à l’étude. Je les encourage à le faire de six manières différentes : ils doivent procéder à cette énonciation en cherchant, selon le texte retenu pour l’exposé, un détail biographique pertinent, un événement social déterminant, une production littéraire ou artistique parente, des manifestations du courant littéraire ou de la période historique d’appartenance, un élément significatif de l’œuvre à l’étude et de l’extrait à analyser.

Les éléments documentaires ainsi constitués, en exploitant et en complétant la banque de données initiale d’Interprète, sont présentés sur une ligne de temps que crée Interprète par la seule sélection des fiches retenues dans les signets. Durant la projection des fiches, la ligne de temps pourra servir d’outil de navigation; elle représente également une sorte de condensé visuel des éléments documentaires traités, que l’on peut distribuer en classe ou afficher sur le réseau.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

La ligne de temps, qui sert d'outil de navigation pour le diaporama, introduit de manière vivante certaines thématiques littéraires. Il est proposé ici d'aborder des textes de Gabrielle Roy et de Gérald Godin, et d'entreprendre une réflexion sur le sort réservé aux francophones de ce pays.


Le travail de l’étudiant se poursuit ensuite, par l’analyse des textes et par la réponse à la question posée. Interprète possédant, à l’image de tout bon logiciel de présentation, quelques outils graphiques permettant d’attirer l’attention, au fur et à mesure du commentaire, sur certains éléments textuels à observer, les exposés peuvent se dérouler entièrement avec le logiciel. Mes étudiants mutent parfois à ce stade vers un logiciel de traitement de texte ou vers Power Point, préférant être dispensés du signalement graphique pendant leur exposé en cours. L’importation des textes est aisée avec Interprète : le mode «édition» permet d’effectuer facilement l’opération.

L’accès facilité à des archives, à la fois variées et sélectives, a un effet déterminant sur la qualité du travail des étudiants. Interprète, rappelons-le, est un outil pédagogique qui requiert la bibliothèque et Internet; son véritable atout est de pouvoir aisément mettre en relation des éléments de savoir et de faire voir ces liens par le mode du classement thématique, par des renvois d’une fiche à une autre, au moyen de la ligne de temps, et enfin, par la mise en parallèle d’éléments de connaissance, sur une base chronologique et thématique. La production de ces tableaux chronologiques sur des dimensions variées de notre histoire culturelle permet d’observer des phénomènes précis. Ainsi, l’évolution de la vie artistique et littéraire, par exemple, peut être mise en parallèle avec des phénomènes politiques et sociaux.

La consultation de la banque de données en mode chronologie permet d'effectuer des recherches en parallèle répondant aux critères de recherche désirés. On recense ici, dans la colonne de droite, des événements sociaux, intervenus dans les années 1989-1990. Il est à remarquer que plusieurs gestes commémoratifs importants ont été faits par la Commission de toponymie du Québec, témoignant d’une volonté accrue de visibilité de la culture québécoise. Les événements et publications littéraires correspondant à ces années sont mis en parallèle dans la colonne de gauche.


Interprète me facilite la tâche. D’une session à l’autre, d’ailleurs, je reprends certains des diaporamas créés et je les étoffe peu à peu. Je peux même importer des fiches d’une banque de données étrangère à la mienne, comme celle de Nelligan, de ma collègue Julie Pelletier2. Je dispose également d’un certain bagage médiatique (photographies, lecture de textes, œuvres d’art, capsules sonores). Nous avons même pu intégrer certaines émissions radiophoniques de Radio-Canada et je me suis amusée à inclure dans Littérature québécoise certaines lectures de textes de collègues de notre département, sans autre prétention que celle d’éprouver leur collégialité de plus près. On peut compléter, bien sûr, cette banque de capsules sonores à loisir en puisant dans nos classiques, ou en y incluant de futurs projets d’enregistrement des étudiants consentants.

La centaine d'œuvres picturales de peintres canadiens (dont Marcel Barbeau, Paul-Émile Borduas, Jean Dallaire, René Derouin, Albert Dumouchel, Marc-Aurèle Fortin, Clarence Gagnon, Hector de Saint-Denys Garneau, Pierre Gauvreau, Nérée de Grâce, Adrien Hébert, Octave-Henri Julien, Cornelius Krieghoff, Ozias Leduc, Jean-Paul Lemieux, Jean Palardy, Alfred Pellan, René Richard, Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, Miyuki Tanobe et Arthur Villeneuve), que nous avons pu obtenir, est un bon point de départ pour ceux et celles qui aiment commenter l’évolution de notre production artistique et littéraire selon une approche comparée.


Certains sujets de réflexion gagnent à être abordés en mettant en parallèle des œuvres littéraires et artistiques, comme c'est le cas ici, dans le traitement de la question de la résistance acadienne.


Beaucoup d’étudiants traversent leurs études collégiales sans même connaître l’existence de ces phares de l’art pictural au Canada. C’est pour pallier ce manque et parce que la discussion sur les parentés esthétiques et thématiques est stimulante que nous proposons quelques sujets de réflexion de ce type dans Littérature québécoise. Ainsi, certaines œuvres de Suzor-Côté ou d’Ozias Leduc ont une évanescence proprement nelliganienne. Les huiles de Garneau dévoilent à merveille sa clarté poétique. Et Dallaire m’aide à théâtraliser certains des poèmes de Garneau. Barbeau, Borduas et Gauvreau donnent le ton aux productions automatistes. Que dire de la collaboration de Pellan avec Grandbois?

Je le souligne, Littérature québécoise, ce sont les archives d’un professeur. Elles pourraient cependant se bonifier grâce aux vôtres et permettre aux étudiants de naviguer dans notre patrimoine culturel et, s'ils le désirent, ceux-ci pourront inscrire leur empreinte dans une littérature qui leur revient.

Rappelons en dernier lieu que d’autres bibliothèques ont été produites par le CCDMD avec Interprète (Nelligan, La Guerre de Troie dans la littérature occidentale et Saint-Denys Garneau). Ma conviction à l’égard de l’utilité de ce logiciel en classe est telle que j’élabore actuellement une petite banque, pour le cours de littérature française (Écriture et littérature) que je donne actuellement.



1 On peut, en effet, éditer Littérature québécoise et faire l’ajout d’un texte et de toute documentation jugée utile.

2 Madame Pelletier a inséré dans le logiciel plusieurs extraits de son documentaire Nelligan/Profil et regard qu’elle a réalisé avec le CCDMD.

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